De Saint-Mandé au New Jersey en passant par les Buttes-Chaumont à Paris, découvrez l’histoire fascinante d’Alice Alice Guy.

« Alice Guy était une réalisatrice exceptionnelle, d'une sensibilité rare, au regard incroyablement poétique et à l’instinct formidable […]. Et pourtant, elle a été oubliée par l'industrie qu'elle a contribué à créer. » — Martin Scorsese, New York, octobre 2001

Qui était Alice Guy ?
Alice Guy, née en 1873 à Saint-Mandé (Île-de-France), est une pionnière du cinéma souvent méconnue. Pourtant, elle a écrit, réalisé et produit plus de mille films au cours de sa carrière, avant même Georges Méliès. Alors pourquoi son nom reste-t-il si peu cité parmi les grands du cinéma ?
Les Débuts d'une Pionnière
La Rencontre avec le Cinéma
Après une enfance entre la Suisse et le Chili, Alice Guy s'installe à Paris avec sa mère. Grâce à ses études de sténographie, elle devient secrétaire de direction au Comptoir général de la photographie, dirigé par Léon Gaumont. C'est là qu'elle découvre les techniques de la photographie.
Le 22 mars 1895, elle assiste émerveillée à la première projection privée des frères Lumière. Cet événement change sa vie : elle décide de suivre Léon Gaumont lorsque celui-ci se spécialise dans la fabrication d'appareils de cinéma.
Alice Guy, Première Réalisatrice de Fiction
La Fée aux Choux : Le Premier Film de Fiction
À une époque où les films n'étaient que de simples scènes de la vie quotidienne, Alice Guy, première réalisatrice, perçoit le potentiel narratif du cinéma. Elle convainc Gaumont de la laisser réaliser son premier film, La Fée aux Choux (1896), projeté quelques semaines avant le premier film de Georges Méliès.
De 1896 à 1906, Alice Guy est directrice artistique chez Gaumont et développe les bases du cinéma narratif, devenant probablement la seule femme réalisatrice de cette période.
Une Visionnaire Innovante
La Vie du Christ et Autres Succès
En 1906, elle réalise La Vie du Christ, un film en vingt-cinq épisodes qui devient la plus grande production de Gaumont à l'époque. Elle explore divers genres, de la comédie avec La Femme collante aux effets spéciaux après Méliès.
Des Techniques Révolutionnaires
Pionnière dans de nombreux domaines, Alice Guy a :
Utilisé des films en couleur.
Expérimenté le Chronophone, synchronisant image et son.
Formé des réalisateurs célèbres comme Ferdinand Zecca et Louis Feuillade.

L’Empire Solax : Première Femme Productrice
L’Arrivée aux États-Unis et la Création de Solax
En 1907, après son mariage avec Herbert Blaché, elle déménage aux États-Unis. En 1910, elle crée Solax Film, devenant la première femme productrice de cinéma. Elle ouvre un studio à Fort Lee (New Jersey) en 1912, produisant jusqu’à trois films par semaine.
Des Héroïnes Audacieuses et Vision Féministe
Alice Guy met en scène des héroïnes audacieuses, comme dans Two Little Rangers, où deux jeunes femmes combattent un bandit dans l’Ouest américain. Ses films abordent déjà des thématiques de volonté, de désir et d’autodétermination féminine, à l'image de sa propre vie.
Déclin et Oubli Injuste
Les Difficultés et la Fin de Solax
Après avoir nommé son mari président de Solax en 1913, Alice Guy fait face à :
Des problèmes de santé.
Des difficultés financières.
Un divorce douloureux.
En 1922, Solax est mis aux enchères. Alice Guy rentre en France avec ses enfants, mais aucun studio ne lui offre de travail, dans un milieu devenu hostile aux femmes réalisatrices.

Redécouverte d'un Génie Oublié
Un Héritage Retrouvé
Comme de nombreuses femmes pionnières, Alice Guy a été oubliée puis redécouverte tardivement. Depuis 2014, Ciné-Balade célèbre sa mémoire à travers des visites guidées des Buttes-Chaumont à Ménilmontant, retraçant son parcours exceptionnel.
Hommages et Réhabilitations
Le livre d’Emmanuelle Gaume a popularisé son œuvre en France.
Le documentaire de Pamela B. Green, Be Natural, l’histoire cachée d’Alice Guy, produit par Robert Redford et Jodie Foster, a contribué à lui rendre justice.
Une série réalisée par Jean-Jacques Annaud est en préparation.
Pourquoi Alice Guy Reste Indispensable au Cinéma
Alice Guy n'était pas seulement une pionnière, elle était une visionnaire. Elle a ouvert la voie à la narration cinématographique, inventé des techniques révolutionnaires et défendu la place des femmes dans le cinéma.
Aujourd’hui, alors que l’industrie du film tente de rattraper des décennies d’oubli, Alice Guy trouve enfin la reconnaissance qu’elle mérite. Et à travers Ciné-Balade, son héritage continue de résonner dans les rues de Paris, là où tout a commencé.
Depuis 2014, Ciné-Balade vous la raconte dans sa visite des 19ème et 20ème arrondissements, des Buttes-Chaumont à Ménilmontant. En France, le succès du livre d’Emmanuelle Gaume a permis de mettre au jour son travail au-delà du cercle universitaire. Aux Etats-Unis, le documentaire de Pamela B. Green, Be natural, l’histoire cachée d’Alice Guy, ayant bénéficié d’un crowdfunding très médiatisé outre-atlantique, produit par Robert Redford et Jodie Foster, a eu une première présentation quelque peu confidentielle en 2018 à Cannes mais sort désormais sur les écrans. Quant à Jean-Jacques Annaud, il vient d’être annoncé comme réalisateur d’une série sur sa vie. Cela se bouscule et c’est tant mieux !
Envie d’en savoir plus ?
Participez à la Ciné-Balade dédiée à Alice Guy et découvrez les lieux emblématiques de sa carrière, des Buttes-Chaumont à Ménilmontant. Réservez dès maintenant sur Ciné-Balade.
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