Tous les articles par Juliette

Alice Guy : de secrétaire à cinéaste

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Née en 1873 à Saint-Mandé (Île-de-France), Alice Guy a partagé son enfance entre la Suisse et le Chili avant de suivre sa mère à Paris. Grâce à ses études de sténographie, elle devient secrétaire de direction au Comptoir général de photographie, racheté par Léon Gaumont. Passionnée, elle apprend tout d’abord les techniques de la photographie. Puis sa curiosité est attisée suite à la projection privée des frères Lumières à laquelle elle a assisté en 1895.

 

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À cette période, les premiers films consistent essentiellement à filmer des scènes réelles de la vie quotidienne. Mais, influencée par les livres et le théâtre, elle souhaite y insuffler une dose de fiction. Aussi elle convainc Léon Gaumont de la laisser réaliser un premier film : La Fée aux choux (1896). Alors qu’elle n’était au départ pas autorisée à délaisser son travail pour ses essais, la confiance s’installe peu à peu et Alice Guy prend la direction d’un secteur de vues animées de fiction de Gaumont.

 

« Aujourd’hui, il est rigoureusement établi que, contrairement aux affirmations hasardeuses de certains spécialistes de la question, Alice Guy a réalisé sa Fée aux choux au début de l’année 1896, quelques semaines avant l’entrée en lice de Georges Méliès. »

Charles Ford, historien du cinéma

Pionnière sur de nombreux aspects, Alice Guy contribue à inventer les codes de la fiction au cinéma. En 1898 elle réalise le premier péplum du cinéma sur Jésus Christ qui rencontre beaucoup de succès et inspire notamment les concurrents de Gaumont. Quelques années plus tard, elle réalise les premiers films musicaux appelés « phonoscènes » avec l’aide d’un chronophone pour immortaliser le son.

chronomegaphone-gaumont-phonoscene_cinebaladeChez Gaumont, elle réalise de nombreux films : seule, puis avec l’aide de collaborateurs encore inconnus tels que Ferdinand Zecca et un certain Louis Feuillade. Ce dernier devient alors son protégé et son scénariste attitré. À son départ pour l’Amérique avec son mari en 1907, elle suggère à Léon Gaumont de nommer Louis Feuillade à sa place en tant que directeur artistique. Une promotion que ni l’un ni l’autre n’ont regrettée.

 

Aux États-Unis, le succès est considérable : elle y crée même sa société de production de films : la Solax Film Co. Après une carrière impressionnante, l’ancienne secrétaire devenue la première réalisatrice de l’histoire du cinéma tourne en 1920 son dernier film avant de revenir en France où, malheureusement, elle ne retrouva jamais ni carrière ni succès.

Lycéens & apprentis au cinéma : Ciné-Balade A Bout de Souffle

Dans le cadre du dispositif « Lycéens et apprentis au cinéma », coordonné en Ile de France par Les Cinémas Indépendants Parisiens (CIP), Ciné-Balade a créé une nouvelle balade destinée aux groupes scolaires et étudiants, autour du film A Bout de Souffle de Jean-Luc Godard. Le circuit se déroule dans le quartier latin, quartier des cinéphiles, de la Nouvelle Vague et de la jeunesse.

Des photos des premières balades seront bientôt publiées.

N’hésitez pas à me contacter si vous désirez la proposer !

info@cine-balade.com 


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Le Studio 28, un cinéma incontournable

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Première salle de cinéma d’avant-garde, le Studio 28 est inauguré en 1928. De Jean-Placide Mauclaire aux frères Roulleau en passant par Édouard Gross, ce cinéma atypique est passé de mains en mains, perpétuant sa réputation de cinéma incontournable des cinéphiles.

« La salle des chefs d’œuvre et le chef d’œuvre des salles. »
Jean Cocteau à propos du Studio 28

Situé au cœur de Montmartre, le Studio 28 est à la fois un cinéma de quartier et un lieu de rencontre où se côtoyaient par exemple Abel Gance et Jean Cocteau, qui devinrent tous deux parrains de la salle en 1950. Premier cinéma de France à proposer une carte de fidélité en 1959, il est également toujours à la pointe de la technologie. En effet, ce cinéma est en 2011 la première salle publique parisienne à s’équiper d’un projecteur cinéma numérique 4K.

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 Galerie photos : Devanture du cinéma –  © Studio 28 ; Rue du Studio 28 en 2011 – © Martin Greslou) ; Le Studio 28 en 1995 – © Philippe Célérier ; Intérieur de la salle de cinéma avec les lustres de Cocteau – © Studio 28) ; La terrasse du Studio 28 – © Studio 28

 

Une séance turbulente

Le 28 novembre 1930 est projeté pour la première fois L’âge d’or réalisé par Luis Buñuel. Des militants d’extrême droite perturbèrent la séance, qui prit fin dans les sifflets et les bagarres. Exposées dans le Studio 28, des toiles de Salvador Dali, Max Ernst ou encore Yves Tanguy ont été endommagées. La Commission de censure cinématographique examina donc de nouveau le film et en interdit la projection. Par la suite, Louis Aragon et Paul Éluard rédigèrent un tract à ce propos qui fut signé par 16 membres du groupe des surréalistes.

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 Galerie photos : Tracts à propos de l’affaire de la projection de l’Âge d’or. – Probablement rédigé par Louis Aragon et Paul Éluard – via andrebreton.fr ; Feuillet avec les photographies du saccage de l’exposition du Studio 28. – Via andrebreton.fr ; Photographie du Studio 28 en 1930 suite à la mise à sac. – Photographe non identifié – via andrebreton.fr ; Annotation manuscrite d’André Breton derrière la photographie de la mise à sac. – Via andrebreton.fr

Le mécène et producteur du film, le vicomte de Noailles, aurait, selon une rumeur lancée par le journal Aux Écoutes, été excommunié suite à ce film. Le vicomte n’en parla jamais publiquement, mais la revue 1895 révèle qu’il s’adressa toutefois à l’Archevêque de Paris pour avoir en avoir confirmation. Si cette rumeur était effectivement infondée, cela n’a pas empêché Buñuel et les surréalistes d’entretenir la légende en l’utilisant pour démontrer l’intolérance de l’Église.

 

« Parfois, Le vendredi soir, Amélie va au cinéma »

Le 11 juin 2000, Jean-Pierre Jeunet tourne Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain au Studio 28. Clin d’œil discret à la cinéphilie et à l’amour des salles de quartier, c’est là qu’Amélie se retourne discrètement dans le noir pour regarder les visages des autres spectateurs…

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Photo : Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain (Jean-Pierre Jeunet, 2001) – © Claudie Ossard Productions

L’extrait est ici

 

 

Godard et Truffaut : une relation en 5 actes

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Godard est idolâtré, Truffaut est admiré
Arnaud Guigue, Truffaut & Godard, La querelle des images

C’est l’histoire d’un duel dont il est difficile de faire le tour ; l’histoire d’une relation particulièrement complexe faite de sentiments contraires constamment entremêlés. On ne parviendra peut-être jamais à faire la lumière sur ce qui liait vraiment les deux visages les plus emblématiques de la Nouvelle Vague.

Aujourd’hui encore, le clan Godard cherche des poux au clan Truffaut, et inversement. La fascination suscitée par leur relation électrique est évidente. Beaucoup les décrivent comme des amis brouillés à vie alors que d’autres se plaisent à inverser le raisonnement : comment ces deux-là ont-ils pu être amis ? (Arnaud Guigue, Truffaut & Godard, La querelle des images, CNRS Éditions, 2014).
Autour de cinq dates clés qui ont marqué leur relation, Paris Cinéma Région décrypte les grandes lignes de cet incroyable duo.

1958 : déjà à contre-courant ?

L’amitié cinéphilique qui unit les deux jeunes turcs des Cahiers du cinéma avant le déferlement de la Nouvelle Vague se révèle plus ou moins intéressée lorsque Truffaut et Godard s’associent, en février 1958, pour co-réaliser le court-métrage Une histoire d’eau. La région parisienne est alors sous les eaux et, retenu dans un café avec Godard et Pierre Braunberger alors qu’une pluie diluvienne s’abat à nouveau sur la capitale, Truffaut évoque son regret de ne jamais voir le cinéma s’inspirer de tels événements.

“Qu’à cela ne tienne”, s’écrie Godard du tac au tac, lui proposant de partir tourner dès le lendemain matin, du côté de Villeneuve-Saint-Georges. Armé du strict nécessaire (pas de matériel de prise de son), Truffaut est sur le qui-vive, bien que Godard lui ait finalement fait faux-bond, envoyant plutôt l’une de ses connaissances féminines pour camper le petit rôle de cette insignifiante histoire.

Mais les rushes déplaisent à Truffaut, qui les délaisse rapidement… jusqu’à que Godard, comme une fleur, ne repointe le bout de son nez, proposant de s’atteler au montage. Truffaut tourne, il assemble : telle semble être l’origine de cette courte oeuvre pour le moins curieuse.

Dans les faits, la version de l’histoire racontée par Braunberger tend à réévaluer la place de Truffaut durant cette dernière phase. Entièrement parlé, le générique donne déjà le ton : “Sachez que c’est un film de François Truffaut et Jean-Luc Godard. Michel Latouche en a fait la photo, et Roger Fleytoux dirigé la production (…) Voilà, mesdames, messieurs, c’est la fin…”

Une première “vraie” collaboration, et puis c’est tout ?

1959-1960 : le scénario de l’un, le film de l’autre

« Les années qui passent nous confirment dans la certitude qu’À Bout de souffle aura marqué dans l’histoire du cinéma un tournant décisif comme Citizen Kane en 1940. Godard a pulvérisé le système, il a fichu la pagaille dans le cinéma. » F. Truffaut, L’Avant-scène cinéma, n°70, 1967

En 1959, Godard évoque parmi d’autres un projet à Georges de Beauregard, intitulé À bout de souffle. Il lui transmet une sélection de coupures de presse constituée par lui et François Truffaut, le tout annoté de la main de ce dernier : “Cela ferait un bon scénario”. Soit : Beauregard a pas mal de dettes, il lui faut miser sur le bon cheval : ce sera le trublion Godard qui trépigne de passer à l’action.
JLG convainc Truffaut et Chabrol de se porter garants, et glisse à Truffaut : “Si tu as le temps de me finir en trois lignes l’idée de film commencée métro Richelieu-Drouot (c’était le bon temps), bien que je ne dispose pas de Françoise Sagan, je pourrais en faire les dialogues…” Il recevra quatre pages de ce dernier et se verra céder le projet pour la – modique – somme d’un million de francs.

L’histoire est inspirée d’un fait-divers observé par Truffaut au début des années 1950 dans son quartier de Pigalle-Clichy : il souhaitait le réaliser, puis le laisser à Molinaro. C’est finalement Godard qui l’a ressorti de derrière les fagots. Ensemble, ils travailleront à l’élaboration du scénario final. À ce titre, la légende qui laisse à croire que Godard inventait le film au jour le jour doit être relativisée, puisque le scénario avait été présenté pour financement et validé. Des répliques s’ajoutent effectivement au fur et à mesure. Toutefois, deux scènes sont entièrement inventées sur le tournage par Godard : celle dans la chambre de Patricia et la mort de Poiccard, que Truffaut faisait initialement se suicider.

VIDEO : SEQUENCE FINALE A BOUT DE SOUFFLE

1968 : d’une même voix pour Henri Langlois

Quelques semaines avant qu’éclate l’Affaire Langlois, Godard rendait un vibrant hommage au maître de la Cinémathèque française :
Le 9 février 1968, Langlois est en effet mis à la porte de la Cinémathèque française par les deux André (Holleaux, directeur du CNC, et Malraux, Ministre de la Culture) : une destitution incompréhensible pour Godard comme pour Truffaut, qui ne conçoivent pas que l’on puisse toucher à ce dragon à qui le cinéma doit tant, gardien du temple cinéphile. Au moment d’élire son successeur, Truffaut claque la porte du Conseil et file répandre la nouvelle, mettant le feu aux poudres. Immédiatement, le cinéma français mais aussi mondial se mobilise et apporte son soutien à Langlois. En voyage à Cuba jusqu’au 11 février, Godard rejoint le combat dès son retour sur le sol français.

Les bureaux des Cahiers du cinéma deviennent le quartier général de la révolte. Coups de fil aux journalistes, télégrammes aux cinéastes… Truffaut est fou et ne ménage pas ses efforts : tandis qu’il œuvre en coulisses, Godard organise la révolte dans la rue. Le 12 février, il lance le blocage de la rue d’Ulm. Avec Chabrol et Rivette, Truffaut et Godard seront les défenseurs acharnés de la cause d’Henri Langlois. D’une même voix, côte à côte, ils prennent la parole dans un petit film produit par le Comité de défense de la Cinémathèque française et diffusé en guise de bande-annonce dans les cinémas.

VIDEO : GODARD ET TRUFFAUT VOUS PARLENT

1973 : le black-out de La Nuit américaine

Sans doute a-t-on ici l’une des ruptures les plus mémorables de l’histoire du cinéma. On pince les lèvres, on écarquille les yeux en lisant la correspondance de cette époque entre Truffaut et Godard : le divorce est sec, brutal et glaçant, leurs échanges sont ponctués de mots blessants et de phrases assassines. Godard a détesté La Nuit américaine et, comme à son habitude, n’hésite pas à le faire savoir au principal intéressé : il accuse Truffaut de mensonge, de trahison. Sans gêne, il profite toutefois de la lettre peu commode qu’il écrit pour lui demander de participer à la production de son prochain film. Truffaut sort de ses gonds.

Il faut dire que les deux n’étaient déjà plus en très bons termes depuis quelques années. Pour faire bref, ils ne s’étaient jamais vraiment revus depuis leur débat houleux à propos de Deux ou trois choses que je sais d’elle, en 1968. La réponse de Truffaut à cette nouvelle provocation toute godardienne est cinglante, d’une grande violence : qu’il critique son cinéma, soit ; qu’il ait; par-dessus, le culot de venir mendier aurait encore pu passer. Mais Truffaut ne lui pardonne pas d’avoir insulté Jean-Pierre Léaud, à qui Godard avait vivement reproché d’avoir joué dans La Nuit américaine. “Imposteur”, “fumiste”, lui répond Truffaut.
(…) je sens le moment venu de te dire, longuement, que selon moi tu te conduis comme une merde.
Truffaut à Godard, mai-juin 1973

1984 : Godard sans Truffaut

Si Godard a toujours pensé qu’il allait mourir jeune, de manière violente, c’est pourtant Truffaut qui s’en est allé, à l’âge de 52 ans. « François est peut-être mort. Je suis peut-être vivant. Il n’y a pas de différence, n’est-ce pas ? », écrit-il dans en préface de la Correspondance de son ancien « ami ». Il avait réussi ce que personne d’entre nous n’avait réussi ou cherché : être respecté. À travers lui la Nouvelle Vague était respectée. On était respectés à cause de lui. Lui disparu on n’est plus respectés.
Godard, L’Autre journal, n°2, janvier 1985

Cette disparition, alors qu’il s’attelait à ses Histoire(s) commandées par Canal +, laisse JLG dans un profond désarroi. Inévitablement affecté par la perte d’un ancien compère, il prend conscience qu’une nouvelle génération va prendre leur place, que son tour est passé (égocentrisme, quand tu nous tiens). Néanmoins, on surprend Godard à reparler de Truffaut, avec pudeur et émotions, à défaut de pouvoir reparler à Truffaut.

En 1987, c’est un Godard un peu perdu, tout du moins lointain qui était l’invité de Thierry Ardisson dans l’émission Bains de minuit. Au détour de considérations sur le cinéma et sur la place qu’il y occupe, Godard évoque très brièvement l’ami-ennemi : “Il me protège, à sa façon”.

VIDEO : JEAN-LUC GODARD PARLE DU CINEMA – Bains de Minuit, via INA

http://www.ina.fr/video/I08046707

La Commune de Paris

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Mars-Mai 1871 : Le printemps des barricades

La Commune est un des plus sanglants affrontements de l’Histoire de Paris : depuis les journées de juin 1848, jamais une insurrection n’avait été aussi violemment réprimée. À l’origine de ce bain de sang, la guerre franco-prussienne et l’incapacité du gouvernement d’Adolphe Thiers à contrôler la situation militaire, économique et politique du pays. Pendant deux mois, la capitale est le théâtre d’une grogne et de luttes intestines qui s’achèveront dans un véritable bain de sang.

Une guerre civile dans Paris

barricade_CinebaladeAprès la signature de l’armistice et le transfert de l’assemblée à Versailles, Thiers décide le 18 mars d’occuper militairement Paris pour endiguer la révolte des Communards qui refusent la capitulation et s’opposent au gouvernement. Alors que l’insurrection populaire s’étend à la province, le conseil de la Commune est élu officiellement le 28 mars. Les divergences politiques ne tardent pas à se manifester, ce qui affaiblit considérablement le mouvement dans sa lutte contre les troupes Versaillaises. Celles-ci entrent dans Paris le 21 mai et mettent fin à la Commune par un véritable carnage, symbolisé par la Semaine Sanglante (22-28 mai). Aux exécutions sommaires de « Fédérés » par les Versaillais, les Communards répondent par le massacre d’otages et les incendies de monuments publics (Palais des Tuileries, Hôtel de Ville).

La légende des Communards

De violents affrontements se déroulent au cimetière du Père-Lachaise, où sont fusillés au tristement célèbre « Mur des Fédérés » pas moins de cent-quarante-sept Communards. La répression sera terrible, anéantissant toute une génération de révolutionnaires prolétaires. Dix ans plus tard, le gouvernement de « l’Ordre Moral » bâtit au sommet de la Butte Montmartre la Basilique du Sacré-Cœur, afin « d’expier les crimes de la Commune ». Nombreux sont les cinéastes à avoir voulu perpétuer la mémoire et la légende de ces évènements :

 

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Des Caf’Conc’ et des barricades de la Butte Montmartre (18e) au cimetière du Père-Lachaise (20e) se croisent les destins d’une vendeuse de grand magasin et d’un soldat Versaillais. Un grand classique du cinéma muet soviétique, riche en symboles et allégories.

Voir ce film    Et pour aller plus loin

La Nouvelle Babylone, Grigori KOZINTSEV & Leonid TRAUBERG, 1929 - Crédits : Collection La Cinémathèque de Toulouse

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Une histoire d’amour sur les barricades entre un cordonnier lyonnais ayant rejoint les rangs des Communards et une jeune femme membre de la Garde nationale. Mêlant la fiction au récit historique, ce film soviétique rappelle le rôle qu’ont joué femmes et étrangers pendant l’insurrection.

Les Aubes de Paris, Grigorii ROCHAL, 1936 – Crédits : Collection Forum des images

 

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À partir de documents d’époque, ce tout premier documentaire consacré aux journées de 1871 évoque avec enthousiasme les luttes des Communards contre les armées prussiennes et les bourgeois versaillais. Un film résolument militant.

Voir ce film

Commune de Paris, Robert MENEGOZ, 1951 -Crédits : source Collection Forum des images, crédits Ciné-Archives

la-commune-peter-watkins-creditsarte_cinebaladeDes comédiens non professionnels, chômeurs et sans papiers rejouent et médiatisent les évènements de la Commune. Une œuvre originale et anachronique, à l’engagement certain.

Voir ce film      Et pour aller plus loin

La Commune (Paris 1871), Peter WATKINS, 1999 - Crédits : La Sept Arte

Marcel Aymé, portrait d’un provincial à Paris

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Écrivain prolixe et talentueux originaire de l’est de la France, Marcel Aymé (1902-1967) est un auteur truculent qui a su faire de l’humour et de l’ironie ses armes. Son œuvre, riche d’une vingtaine de romans (parmi lesquels les célèbres Contes du chat perché), de nombreuses pièces de théâtre, de dizaines de nouvelles, d’essais, de scénarios, alternant entre réalisme, satire et fantastique, a souvent été portée à l’écran.

 

Arrivé à Paris en 1923 pour y suivre des études de médecine, les débuts de Marcel Aymé dans la capitale n’ont toutefois rien d’évidents. Reconnu puis décrié, populaire mais controversé, Marcel Aymé le mal aimé n’aura cependant jamais voulu choisir entre l’univers rural et le monde urbain. Par conséquent, sa vie comme son œuvre en témoignent.

Petit provincial cornichon, pas plus doué pour les lettres que ne l’étaient alors les dix mille garçons de mon âge, n’ayant seulement jamais été premier en composition française (…) Je n’avais même pas ces fortes admirations qui auraient pu m’entraîner dans un sillage.

Marcel Aymé par Paul Vandromme (1960)

 

Marcel Aymé à la ville

avenue-junot-montmartre-parisNé le 29 mars 1902 à Joigny, dans l’Yonne, Marcel Aymé a vécu une enfance campagnarde avant de monter à Paris après son service militaire. Les origines rurales de ce Parisien d’adoption se retrouvent donc dans son œuvre, tant dans le décor villageois de certains de ses romans que dans sa façon de peindre comme un village le Paris où se déroulent ses autres romans et nouvelles.
Ce Paris, c’est celui qu’il habite, sur la butte Montmartre, préférant ainsi aux salons littéraires la compagnie des artistes et des gamins espiègles des faubourgs populaires. Le Paris de Marcel Aymé se vit donc à l’échelle du quartier, là où se tissent les relations de voisinage des petites gens… dont le quotidien vient parfois se teinter de fantastique.

 

Marcel Aymé à l’écran

Quoi qu’il en soit, si une adresse parisienne est à jamais associée au souvenir de Marcel Aymé, c’est sans nul doute celle du « 55, rue Poliveau ! », dans le 5e arrondissement, dans petite épicerie où s’organise le marché noir dans La traversée de Paris (1956).
Portée par Jean Gabin et Louis de Funès, cette formidable peinture du marché clandestin sous l’Occupation est désormais passée à la postérité. Sa célèbre réplique, « Salauds de pauvres ! », y est sans doute pour quelque chose

De son côté, la télévision, elle aussi, a vu fleurir plusieurs adaptations de nouvelles de Marcel Aymé. L’occasion par exemple pour Claude Brasseur (La bonne peinture, 1975) ou Jean Bouise (Les bottes de sept lieues, 1971) de nous offrir de savoureuses prestations, l’un en artiste bohème, l’autre en boutiquier farfelu et acariâtre dans le quartier de Montmartre que Marcel Aymé affectionnait tant.

Mais la palme revient sans conteste à Pierre Tchernia, qui aura adapté Marcel Aymé au petit écran à cinq reprises. Parmi quatre de ces opus, on retrouve aussi l’irrésistible compère Michel Serrault. En tonitruant passe-muraille (Le Passe-muraille, 1977) en premier lieu, mais aussi en huissier des plus intéressés (L’Huissier, 1991). Ou bien encore en une séduisante Héloïse se transformant à la tombée de la nuit (Héloïse, 1990) ! Cependant, c’est certainement avec La grâce que le sarcasme d’Aymé égratigne alors le plus mémorablement la vie de la petite bourgeoisie parisienne d’avant-guerre. Avec toujours, évidemment, en toile de fond, un XVIIIe on ne peut plus typique.

 

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Réalisé par Pierre Tchernia, avec Michel Serrault et Jean Obe, Antenne 2 (1977). Source : Ina

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Réalisé par Pierre Tchernia, avec Michel Serrault, Antenne 2 (1979). Source : Ina

 

Marcel Aymé aujourd’hui

Toutefois, les temps ont changé, les années ont passé. Mais aujourd’hui encore, Montmartre garde ce je-ne-sais-quoi de drôle, de malicieux, de poétique. L’esprit et le souvenir de Marcel Aymé, en quelque sorte, s’incarnent donc désormais sur cette petite place au croisement de l’avenue Junot et de la rue Norvins, non loin du cimetière Saint-Vincent où celui-ci repose.

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Le Paris d’Alexandre Trauner

Alexandre Trauner sur le tournage d'Irma la Douce de Billy Wilder - Crédits : Collection Alexandre Trauner
Alexandre Trauner sur le tournage d’Irma la Douce de Billy Wilder – Crédits : Collection Alexandre Trauner

 

Hongrois de naissance, Alexandre Trauner (1906-1993) s’est imposé comme le plus célèbre des décorateurs du cinéma français. Son nom est indissociable du fameux « réalisme poétique » popularisé par les films de Marcel Carné et Jacques Prévert, un genre qui interprète le réel en le reconstruisant en studio. Il collaborera ensuite avec d’illustres réalisateurs américains, mais ses attaches demeurent françaises… et surtout parisiennes.

 

Les années de formation

Alexandre Trauner a à peine vingt-trois ans lorsqu’il arrive à Paris à la fin de 1929. Formé aux Beaux-Arts de Budapest, il se destine à la peinture et n’a choisi l’exil qu’en raison de la montée du fascisme qui persécute déjà les Juifs dans sa Hongrie natale.

 Presque aussitôt, il trouve du travail comme peintre dans les studios de cinéma d’Épinay, où la compagnie Tobis réalise les premiers films parlants français. Il y sera durant six ans l’un des principaux assistants de Lazare Meerson, le décorateur de films le plus important de cette période. Avec lui, il contribue à forger l’image cinématographique d’un Paris familier, celui des quartiers populaires et des bals sous les lampions, que font connaître à travers le monde des films comme Sous les toits de Paris (1930), Le million (1931) ou Quatorze juillet (1932) de René Clair.

 

Affiche de Ciboulette de Claude Autant-Lara, 1933 - crédits : Gaumont Pathé
Affiche de Ciboulette de Claude Autant-Lara, 1933 – crédits : Gaumont Pathé

Une autre de leurs plus belles réussites est le film Ciboulette (1933) de Claude Autant-Lara, pour lequel ils reconstituent en studio le Paris de 1830. Le film est particulièrement célèbre pour son prodigieux plan d’ouverture qui va en un seul mouvement des barrières extérieures de la capitale jusqu’aux anciennes Halles, en passant par l’église Saint-Eustache et la fontaine des Innocents. Il raccorde ingénieusement d’énormes maquettes avec le décor des Halles réellement construit au studio de Saint-Maurice.

Durant cette période d’apprentissage, Trauner arpente inlassablement les rues de la capitale avec les amis qui hantent comme lui Montparnasse et Saint-Germain-des-Prés : Jacques Prévert et sa bande de copains du groupe Octobre, ou d’autres exilés hongrois comme les photographes Brassaï et André Kertesz.

 

Premiers décors

Au milieu des années 1930, Trauner commence à signer ses propres décors, et ses créations pour Drôle de drame (1937) et Le quai des brumes (1938) de Marcel Carné le confirment aussitôt comme le décorateur le plus doué de sa génération.

Décor d'Hôtel du Nord de Marcel Carné, 1938 - crédits : Impérial Film, Luca, Sédit Productions
Décor d’Hôtel du Nord de Marcel Carné, 1938 – crédits : Impérial Film, Luca, Sédif Productions

En 1938, il conçoit ses premiers décors parisiens : d’abord pour Entrée des artistes, qui réunit une pléiade de jeunes comédiens autour de Louis Jouvet dans le Conservatoire national d’art dramatique, puis pour Hôtel du Nord. C’est au studio de Billancourt que Trauner reconstruit pour ce film l’imposant décor du quai de Jemmapes et du canal Saint-Martin. Sa création est si réaliste, et le résultat si inséparable de l’imaginaire de la ville, que les Parisiens se mobiliseront, plusieurs dizaines d’années plus tard, pour obtenir le classement de la véritable façade d’un hôtel qui n’était dans le film qu’une illusion de bois et de plâtre.

Le succès n’est pas moindre, l’année suivante, avec Le jour se lève, également de Carné, pour lequel Trauner recrée, toujours à Billancourt, une banlieue indéterminée où le terminus d’une ligne de tramway vient buter sur les plantations maraîchères toutes proches.

Isolé des maisons qui l’entourent, un immeuble unique surplombe tout le décor, pour mieux accentuer la solitude de l’ouvrier assassin incarné par Jean Gabin qui vit, dans sa petite chambre du quatrième étage, sa dernière nuit avant l’assaut des gendarmes.

 
Trauner demeure actif durant l’Occupation, mais il est réduit à la clandestinité et doit se contenter de dessiner des décors qui seront réalisés par d’autres. C’est ainsi qu’il conçoit ceux, édifiés par Léon Barsacq, du film français le plus important de la période : Les enfants du paradis (1944-1945) de Carné. Les décors y sont très nombreux et variés, mais le plus imposant est certainement celui du boulevard du Temple, le fameux boulevard du Crime le long duquel se pressaient les théâtres au XIXe siècle. Ce grand décor est édifié au studio de la Victorine à Nice et Trauner y fait merveille pour déguiser la brutalité du soleil du Midi en multipliant les reliefs de façades susceptibles d’accrocher les ombres.

  

 

L’après-guerre

Réalisé juste après la Libération, Les portes de la nuit (1946), de Carné toujours, doit encore reconstituer en studio, à Joinville et à Vincennes, ses nombreux extérieurs, tous situés au nord de la capitale, entre Barbès et le pont de Crimée. Le plus célèbre est celui de la partie aérienne de la station de métro Barbès-Rochechouart, longée par la circulation automobile du boulevard de la Chapelle, qui sera entièrement reconstituée.

Peut-être moins impressionnants, les décors du bassin de La Villette avec ses péniches, du canal de l’Ourcq ou de la rue des Petites-feuilles n’en sont pas moins des réussites exceptionnelles de réalisme stylisé.

 

En 1945, Trauner avait laissé à Marcel Magniez le soin de réaliser ses maquettes pour Les malheurs de Sophie de Jacqueline Audry (on y voit la ville de Paris envahie par les barricades de 1848). Quatre ans plus tard, c’est Auguste Capelier qui exécute ses décors pour Manèges d’Yves Allégret. Les appartements bourgeois de Neuilly, le manège et ses dépendances sont reconstitués dans les studios de Neuilly et de Saint-Maurice ; les nombreux extérieurs sont principalement tournés au bois de Boulogne.

 

Avec les américains

Trauner est alors le plus fameux des décorateurs français et c’est à lui que s’adressent naturellement les nombreux réalisateurs américains qui viennent tourner à Paris dans les années 1950.

En 1953, pour Un acte d’amour d’Anatole Litvak, il reconstitue à Saint-Maurice et à Joinville le Paris inhospitalier de la fin de la guerre. Mais le décor le plus remarquable est, en studio, celui du Grand Palais réquisitionné pour cantonner les soldats américains.

 

Du Rififi chez les hommes, Jules Dassin (1955) – Crédits : Pathé Consortium Cinéma, Indusfilms, Société Nouvelle Pathé Cinéma, Primafilm

En 1956, Ariane marque le début d’une longue collaboration de Trauner avec le réalisateur Billy Wilder en même temps qu’il donne au décorateur l’occasion de reconstituer au studio de Boulogne tout un étage de l’hôtel Ritz, l’intérieur de l’Opéra ou les quais de la Seine. Réalisé avec beaucoup moins de moyens, Du rififi chez les hommes (1954) de Jules Dassin est tourné de façon quasi-documentaire dans les rues mêmes de la capitale (la rue de la Paix et celles près des grands magasins), mais tous les intérieurs sont construits au studio Photosonor de Courbevoie.

Pour Paris blues (1961) de Martin Ritt, qui évoque la bohème des musiciens de jazz américains installés à Paris, Trauner reconstruit en studio le quartier de Saint-Germain-des-Prés et ses fameux temples du jazz. Puis c’est le Paris des quartiers luxueux qu’il reconstitue pour Aimez-vous Brahms ? (1961) et Le couteau dans la plaie (1962) de Litvak, avant de peindre la banlieue plus familière de Gigot, le clochard de Belleville (1962), réalisé par Gene Kelly.

 

La Puce à l’oreille, de Jacques Charon, 1968 – crédits : 20th Century Fox

Mais c’est aux États-Unis, dans les studios hollywoodiens de Samuel Goldwyn, que Trauner crée la quintessence de sa vision de Paris. Irma la douce (1963) de Wilder est une évocation colorée et inventive des anciennes Halles, peuplées d’une faune pittoresque de prostituées, de maquereaux et de flics. Trauner revient cependant à Paris pour y construire les décors de Comment voler un million de dollars (1966) de William Wyler et de La puce à l’oreille (1968) de Jacques Charon, qui adapte somptueusement la pièce de Feydeau.

 

Les dernières créations

Monsieur Klein, de Joseph Losey, 1976 – Crédits : Abel production

Définitivement réinstallé en France au milieu des années 1970, Trauner y signe les décors de Monsieur Klein (1975) de Joseph Losey, poignante évocation du Paris de l’Occupation. Les extérieurs sont principalement tournés dans le 7e arrondissement et rue des Abbesses. Si l’appartement de Klein, rue du Bac, est reconstruit en studio à Boulogne, le film fait aussi appel à des lieux réels : le cabaret La nouvelle Ève, rue Fontaine, le restaurant La coupole ou le château de La Rochefoucauld à Ivry-la-Bataille.

Subway (1984) de Luc Besson réalise le même pari en mêlant les extérieurs réels du métro et de ses abords à des intérieurs construits en studio. Mais Autour de minuit (1985) de Bertrand Tavernier renoue avec la veine de Paris blues et des décors intégralement édifiés en studio en reconstituant au studio d’Épinay les rues de Saint-Germain-des-Prés et leurs fameux clubs de jazz. Pour Wilder, Trauner situe ensuite les funérailles solennelles de l’héroïne de Fedora (1977) dans le décor réel du musée Jacquemard-André. Puis viennent encore Tchao Pantin (1983) de Claude Berri, filmé en extérieurs naturels à Belleville et dans des studios improvisés dans des entrepôts désaffectés de la région parisienne.

 

Comédie d’amour, de Jean-Pierre Rawson, 1989 – crédits : S.G.G.C

En 1989, enfin, Trauner figure une dernière fois Paris pour Comédie d’amour de Jean-Pierre Rawson. Il s’agit d’évoquer les années 1930 telles que les a décrites l’écrivain Paul Léautaud dans son journal. Mais c’est à Lisbonne que seront reconstitués la maison de celui-ci à Fontenay-aux-Roses, son bureau au Mercure de France et le petit monde des littérateurs parisiens !

 

En plus de cinquante ans de carrière, Trauner aura été l’un des observateurs privilégiés des transformations du paysage parisien. Il restera surtout dans les mémoires l’un des décorateurs ayant le plus contribué à former, à travers ses créations à la fois réalistes et poétiques, l’imaginaire cinématographique de Paris.

 

Documentaire multimédia sur Alexandre Trauner par Nicephore

Par Jean-Pierre Berthomé

Le saviez-vous ? Woody Allen et Paris

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Le plus francophile des cinéastes américains aime Paris par-dessus tout : sa love story avec la capitale ne date pas d’hier, et il n’a jamais cherché à la cacher.

Selon lui, c’est même dans la capitale française que l’on atteint le plus « haut degré de civilisation ». Architecture, mode de vie, tenue vestimentaire, culture, histoire et bien sûr, gastronomie : aucune autre ville n’égale selon lui la belle Paris. Alors, voici cinq petites choses à savoir sur cette histoire d’amour qui dure, qui dure…

 

1. Le premier séjour à Paris

woody-allen-what-s-new-pussycatEn 1964, le producteur Charles K. Feldman engage Woody Allen pour écrire le scénario de What’s New, Pussycat ? que réalisera Clive Donner, avec Romy Schneider, Peter Sellers et Peter O’Toole.

Une aventure désastreuse que Woody Allen s’est juré de ne jamais reproduire, mais qui aura quand même eu du bon, puisqu’elle lui aura donné l’occasion de passer huit mois à Paris. Logé par la production dans l’une chambres du très luxueux George V, Woody Allen y a notamment écrit certaines des séquences aujourd’hui mythiques du film, comme celle du karting.

 

2. Paris, ville romantique

lea-seydoux-midnight-in-parisPour Woody Allen, le cliché est fondé : Paris est à la hauteur de sa réputation mondiale et décroche haut la main la palme de la ville la plus romantique au monde. De jour comme de nuit, sous le soleil comme sous la pluie, les émotions et les sentiments ne peuvent y être qu’exacerbés. Comme à la fin de Midnight in Paris, lorsqu’Owen Wilson retrouve Léa Seydoux sur le pont Alexandre III. Nul ne saurait résister aux charmes et à cette atmosphère.

« Pour le parfait flâneur, pour l’observateur passionné, c’est une immense jouissance que d’élire domicile dans le nombre, dans l’ondoyant, dans le mouvement, dans le fugitif et l’infini. Être hors de chez soi, et pourtant se sentir partout chez soi ; voir le monde, être au centre du monde et rester caché au monde […] ».
Charles Baudelaire, Le Peintre de la vie moderne (1863)

 

3. Un adepte de la flânerie

C’est ainsi que Baudelaire définissait le « flâneur » en 1863 dans Le Peintre de la vie moderne. C’est ainsi que l’on pourrait également définir Woody Allen : à New York comme à Paris, les promenades au gré des rues lui sont essentielles. Pour comprendre la ville, pour s’en imprégner ou pour trouver l’inspiration. Lors de ses escapades parisiennes, c’est le long des Champs-Elysées ou dans les allées du Parc Monceau que vous aurez le plus de chances de le croiser.

 

4. Midnight in Paris (2011)

« Ma lettre d’amour à Paris », c’est ainsi que Woody Allen a pensé son film. Et il y a réuni tout ce qui, pour lui, rendait la ville si unique : l’amour et la fantaisie, la culture et les femmes, la décontraction et le passé chargé d’histoire(s).
Voyage dans la ville, mais aussi voyage dans le temps, puisque du Paris d’aujourd’hui à celui de l’entre-deux guerres, les plus grands se bousculent pour se faire une place à l’écran. Inspiré, charmé, épanoui, Gil Pender (Owen Wilson) ne veut d’ailleurs plus quitter la Ville Lumière.

 

5. « À minuit, Paris est magique »

woody-allen-tournage-midnight-in-parisC’est le parti pris de Midnight in Paris. Au moment même où sonnent les douze coups de minuit, non loin de l’église Saint-Étienne-du-Mont où Owen Wilson cherche l’inspiration, apparait la vieille automobile qui va l’emporter vers le Paris des années 1920.

Même chose dans Tout le monde dit I Love you (1997) : au beau milieu de la nuit, sur les quais de Seine, Joe Berlin (Woody Allen, himself) et Steffi Dandridge (Goldie Hawn) se retrouvent. Après un réveillon endiablé, leur ancienne histoire d’amour semble renaître, presqu’aussi intacte qu’au premier jour. À deux pas du Pont de la Tournelleet de Notre-Dame, leur danse romantique se transforme en un envol poétique inoubliable sur l’air de la chanson « I’m Through With Love ».

Truffaut cinéphile : cinq coups de coeur parisiens

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Le cinéma « comme une drogue »
Dans son livre, Les films de ma vie, publié en 1975, il revient sur son métier de critique, exercé entre 1949 et 1956, principalement pour le compte des Cahiers du cinéma. Rien de plus normal pour celui qui, gamin, faisait l’école buissonnière pour passer ses journées dans les salles du quartier de Pigalle.

Des critiques, des comptes rendus, des analyses, mais aussi et surtout un enthousiasme débordant, communicatif. Si les Cahiers du Cinéma ont inauguré une nouvelle fois façon de regarder et de parler des films, c’est certainement François Truffaut qui incarne le mieux ce souffle enflammé et libérateur. Des écrits passionnés et passionnants sur tous les films qui pouvaient alors s’offrir à lui. Amoureux de la capitale, amoureux du cinéma, que pouvait-il finalement exister de mieux pour François Truffaut qu’un beau film tourné dans ou sur Paris ?

 

Les Dames du Bois de Boulogne, Robert Bresson (1945)

Le pitch : Pour se venger de son amant qui lui échappe, une jeune femme lui fait rencontrer une danseuse, qu’un revers de fortune a conduit à la déchéance.

Bon à savoir : Avec Jacques Becker, Robert Bresson était l’un des cinéastes classiques profondément admiré par Truffaut. « Bresson, c’est toujours à part », confiait-il en 1981 sur le plateau de Champ contrechamp. C’est adolescent qu’il entend pour la première fois parler des Dames du Bois de Boulogne, de Bresson, suite à la critique de son professeur, alors que, bien aimablement, il « séchait le cinéma pour traîner au lycée ». Alors décrié comme un film stupide et grotesque, Truffaut s’est ensuite empressé de rétablir ce qui était, à son sens, la juste vérité.

L’avis de Truffaut
C’est en voyant le film applaudi par la salle presque comble d’un ciné-club que Truffaut s’est réjoui de voir Les Dames du Bois de Boulogne gagner son procès en appel, pour reprendre les propres termes de Cocteau, dialoguiste. Alors, Truffaut se met non seulement en rogne contre ces films que l’on juge trop vite, que l’on n’estime pas à leur juste valeur mais s’indigne aussi du sort de ces cinéastes qui doivent batailler durant des années pour être considérés comme les grands metteurs en scène qu’ils sont véritablement. Car c’était aussi là, son devoir de critique de cinéma.

 

Casque d’or, Jacques Becker (1952)

Le pitch : Dans une guinguette de Joinville (94), Manda, un ouvrier charpentier de Belleville, rencontre la belle Marie, dite Casque d’Or, une prostituée parisienne. Ils tombent amoureux l’un de l’autre mais Leca, le chef d’une bande de voyous, convoite Casque d’Or.

Bon à savoir : Le critique Truffaut n’était pas avare de compliment sur Jacques Becker, et quand il admirait un réalisateur, il ne faisait pas les choses à moitié. Les patronymes de certains de ses personnages nous renseignent sur ses coups de cœur (Fanny Ardant interprète Barbara Becker dans Vivement dimanche !). Certaines comédies de couples l’inspireront d’ailleurs directement pour la série des Doinel. Mais le témoignage le plus émouvant du sincère respect que portait Truffaut à Becker vient certainement de ce court texte, publié en 1961, un an après sa disparition « Jacques Becker, un an après sa mort » (Les films de ma vie, 1975). Un hommage douloureux mais aussi délicat d’un jeune passionné à un aîné qui l’était tout autant que lui : « Il était scrupuleux et réfléchi, d’une délicatesse infinie (…) Attentif à tous les nouveaux films, aux nouveaux cinéastes, facilement admiratif et toujours affectueux, cet homme ne connaissait pas la jalousie professionnelle (…) » En voyant son ami tétanisé à l’idée de ne plus tourné, Truffaut s’était emporté contre le monde artistique et du spectacle, d’une cruauté infinie. Des années après la disparition de Becker, il s’indignait encore qu’aucune étude, qu’aucun hommage digne de ce nom n’ait été formulé à l’égard de cet homme ou de sa carrière.

L’avis de Truffaut
Un film brut, qui va droit au but : voilà comment François Truffaut considère Casque d’Or. Becker ne s’embête pas des règles et n’en fait qu’à sa tête et lance un défi constant à la vulgarité : oui, il peut montrer un couple en pyjama, au saut du lit, sans que cela ne soit ni gras ni comique ! Bien au contraire.
Admiratif de Reggiani et Signoret « un petit chat de gouttière tout en nerfs et une belle plante carnivore qui ne crache pas sur le fromage », Truffaut vante les mérites de ce « film de personnages » tout aussi plastiquement réussi qu’ingénieux. À tel point qu’il prendra appui sur le génie de Becker dans ce film à chaque fois qu’il rencontrera un problème de scénario !

 

La Traversée de Paris, Claude Autant-Lara (1956)

Le pitch : Dans le Paris occupé de 1943, un ancien chauffeur de taxi transporte clandestinement de la viande pour le marché noir. Après l’arrestation de son complice habituel, il demande à un peintre, rencontré par hasard, de l’aider à traverser la ville endormie.

Bon à savoir : Claude Autant-Lara est une figure emblématique du « cinéma de papa » que les jeunes turcs de la Nouvelle Vague entendaient combattre, ce cinéma de studios, populaire mais poussiéreux, un peu trop industriel à leur goût. En ce sens, il s’est plusieurs fois retrouvé dans le viseur des critiques des Cahiers, et en premier lieu dans celui de François Truffaut. « Un boucher qui s’obstinerait à faire de la dentelle », disait-il de lui. Et pourtant…

L’avis de Truffaut
Pourtant, c’est presque avec plaisir que Truffaut semble reconnaître avoir été bluffé : « Or, si j’admire aujourd’hui et presque sans réserve La Traversée de Paris, si la réussite cette fois me paraît évidente, c’est que Claude Autant-Lara a enfin trouvé le sujet de sa vie, un scénario à sa ressemblance et que la truculence, l’exagération, la hargne, la vulgarité, l’outrance, loin de desservir, ont haussé jusqu’à l’épique ».
Des personnages authentiques et magistralement interprétés, une méchanceté non dissimulée que ne vient à aucun moment troubler un quelconque discours politique ou social. Truffaut est conquis, nous aussi.

 

Zazie dans le métro, Louis Malle (1960)

Le pitch : Zazie, une gamine espiègle, vient à Paris chez son oncle. Il lui fait visiter la ville, mais elle n’a qu’une idée en tête : prendre le métro. Hélas, il est en grève…

Bon à savoir : Confrère et copain de la Nouvelle Vague, Truffaut et Malle ont aimé les mêmes films. D’Ascenseur pour l’échafaud au Feu Follet en passant aussi par Les Amants, Truffaut n’a jamais caché son attrait pour les films de Louis Malle qui, s’ils possédaient tous des défauts bien visibles, n’en restaient pas moins d’une franchise des plus appréciables.

L’avis de Truffaut
Mais c’est finalement dans une lettre du 25 octobre 1960 adressée à Louis Malle que Truffaut s’avoue conquis. Conquis par Zazie, un film pour lequel il est tombé des nues, « follement ambitieux et d’un courage immense ». Première projection et déjà, premiers coups de cœur : scène préférée, plan préféré, personnage préféré… Truffaut dresse ainsi dans sa lettre un bilan sur lequel il n’entend pas démordre. Et dans ses mots, on verrait presque ses yeux pétiller de joie. « J’ai rarement souhaité le succès pour le film d’un autre comme cette fois (…) ».

 

Vivre sa vie, Jean-Luc Godard (1962)

Le pitch : Faute d’argent pour payer sa chambre, Nana, jeune vendeuse de disques dans un magasin de l’avenue Wagram (17e), se prostitue et tombe entre les mains d’un souteneur. Un film en douze tableau qui offre une méditation sur l’amour et la mort.

Bon à savoir : D’abord, ces deux figures de proue de la Nouvelle Vague se sont côtoyés aux Cahiers du cinéma. Amis, admiratif de leur travail respectif, ils ont ensuite signé le court-métrage Une histoire d’eau, en 1961. Et puis, la brouille, la rupture et d’âpres critiques… Un désamour artistique mais aussi un impossible rabibochage entre deux êtres humains fondamentalement différents. Godard traite Truffaut de menteur, ce à quoi il lui retourne une lettre de rupture cinglante : « tu te conduis comme une merde ». Jamais les deux hommes ne se reparleront. C’est pourtant Godard qui signera la préface des correspondances de Truffaut :

Et l’on se déchira, peu à peu, pour ne pas être mangé le premier. Le cinéma nous avait appris la vie (…) Notre douleur parlait, parlait, et parlait, mais notre souffrance resta du cinéma, c’est-à-dire muette. François est peut-être mort. Je suis peut-être vivant. Il n’y a pas de différence, n’est-ce pas ?
Jean-Luc Godard, François Truffaut Correspondance (1988)
Toutefois, avant cette querelle intestine, François Truffaut s’était, comme à son habitude, enflammé pour le film de celui qui était alors son compère : Vivre sa vie.

L’avis de Truffaut
Auprès de nombre de ses correspondants, il célébrait ce petit bijou. Difficile de savoir véritablement combien de fois il est allé le voir en salle, seul ou en très bonne compagnie : « J’ai revu Vivre sa vie l’autre jour et, mon Dieu, je ne pleure pas souvent au cinéma » (lettre à Helen Scott du 20/06/62) puis « Je suis allé le revoir l’autre jour avec Jeanne moreau et nous avons pleuré comme des veaux trois ou quatre fois » (lettre à Helen Scott du 20/07/62).
Car Truffaut s’est battu pour que ce film soit distribué, s’est révolté face au refus « de ce con de Halliday » (distributeur américain). Pour lui, il fallait en effet que ce chef d’œuvre soit vu, le plus possible, que l’émotion pure qui s’en dégage touche le plus de spectateurs. Et de conclure : « Il y a des films que l’on admire et qui découragent : à quoi bon continuer après lui ». Tout était dit, donc.

 

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Ciné-Balade à la Fête des Vendanges


Impression

A l’initiative de la bibliothèque municipale Robert Sabatier dans le 18ème arrondissement, Ciné-Balade a proposé un circuit à Montmartre sur le thème Cinéma et Liberté durant la Fête des Vendanges le 9 octobre dernier.

Merci à tous les participants ! Nous étions nombreux, portés par la foule montmartroise.

Un après-midi festif, animé de belles rencontres dont le souvenir me donne l’occasion de rappeler les thèmes abordés au cours du circuit…

En prenant comme fil conducteur les différents lieux de tournages de Montmartre, ses salles de cinéma mais aussi les lieux où ont vécu certaines de ses plus grandes figures, nous avons voulu mettre en avant la notion de liberté au cinéma des années 40 à nos jours.

Montmartre, c’est le Paris des artistes qui vivent pour leur art et qui incarnent la liberté de création. Dans Un Américain à Paris, Gene Kelly l’a bien compris. Il n’est pas le seul, Paul Newman incarne un musicien de jazz amoureux de Montmartre dans le film Paris Blues. Dans Un Monstre à Paris ou Ratatouille, il s’agit tout autant de la liberté de faire ce qu’on aime que d’être soi-même.

Montmartre et Paris, c’est une certaine liberté des mœurs à laquelle aspirent les réalisateurs américains marqués par la censure du code Hays jusque dans les années 60. Ville de plaisir où on est libre d’aimer : Un Américain à Paris, Moulin Rouge, Minuit à Paris

Montmartre est aussi un quartier marqué par l’histoire, celle de la Commune puis celle de l’Occupation. La butte a naturellement été un lieu de tournage pour certains films les illustrant.

A travers les films L’Assassin habite au 21 ou La Symphonie fantastique sur Berlioz, tout deux liés à Montmartre, on a découvert également comment les cinéastes ont pu contourner la censure sous l’Occupation.

Montmartre, c’est, par ailleurs, le quartier qui a vu naître la première salle Art et Essai, le Studio 28, une salle audacieuse dont la programmation a parfois créé le scandale et qui perpétue la liberté de diffusion en France en accord avec sa politique culturelle.

A travers le film Amélie Poulain, interdit au moins de 15 ans en Grande-Bretagne, on s’est amusés également des politiques des classifications des films en Europe par rapport à celle de la France.

Un film à vous conseiller sur la période de l’Occupation et sur l’amour du cinéma : « Laissez-passer » de Bertrand Tavernier avec Jacques Gamblin, Denis Podalydès, Marie Gillain, Charlotte Kady :)

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