Le Paris d’Alexandre Trauner

Alexandre Trauner sur le tournage d'Irma la Douce de Billy Wilder - Crédits : Collection Alexandre Trauner
Alexandre Trauner sur le tournage d’Irma la Douce de Billy Wilder – Crédits : Collection Alexandre Trauner

 

Hongrois de naissance, Alexandre Trauner (1906-1993) s’est imposé comme le plus célèbre des décorateurs du cinéma français. Son nom est indissociable du fameux « réalisme poétique » popularisé par les films de Marcel Carné et Jacques Prévert, un genre qui interprète le réel en le reconstruisant en studio. Il collaborera ensuite avec d’illustres réalisateurs américains, mais ses attaches demeurent françaises… et surtout parisiennes.

 

Les années de formation

Alexandre Trauner a à peine vingt-trois ans lorsqu’il arrive à Paris à la fin de 1929. Formé aux Beaux-Arts de Budapest, il se destine à la peinture et n’a choisi l’exil qu’en raison de la montée du fascisme qui persécute déjà les Juifs dans sa Hongrie natale.

 Presque aussitôt, il trouve du travail comme peintre dans les studios de cinéma d’Épinay, où la compagnie Tobis réalise les premiers films parlants français. Il y sera durant six ans l’un des principaux assistants de Lazare Meerson, le décorateur de films le plus important de cette période. Avec lui, il contribue à forger l’image cinématographique d’un Paris familier, celui des quartiers populaires et des bals sous les lampions, que font connaître à travers le monde des films comme Sous les toits de Paris (1930), Le million (1931) ou Quatorze juillet (1932) de René Clair.

 

Affiche de Ciboulette de Claude Autant-Lara, 1933 - crédits : Gaumont Pathé
Affiche de Ciboulette de Claude Autant-Lara, 1933 – crédits : Gaumont Pathé

Une autre de leurs plus belles réussites est le film Ciboulette (1933) de Claude Autant-Lara, pour lequel ils reconstituent en studio le Paris de 1830. Le film est particulièrement célèbre pour son prodigieux plan d’ouverture qui va en un seul mouvement des barrières extérieures de la capitale jusqu’aux anciennes Halles, en passant par l’église Saint-Eustache et la fontaine des Innocents. Il raccorde ingénieusement d’énormes maquettes avec le décor des Halles réellement construit au studio de Saint-Maurice.

Durant cette période d’apprentissage, Trauner arpente inlassablement les rues de la capitale avec les amis qui hantent comme lui Montparnasse et Saint-Germain-des-Prés : Jacques Prévert et sa bande de copains du groupe Octobre, ou d’autres exilés hongrois comme les photographes Brassaï et André Kertesz.

 

Premiers décors

Au milieu des années 1930, Trauner commence à signer ses propres décors, et ses créations pour Drôle de drame (1937) et Le quai des brumes (1938) de Marcel Carné le confirment aussitôt comme le décorateur le plus doué de sa génération.

Décor d'Hôtel du Nord de Marcel Carné, 1938 - crédits : Impérial Film, Luca, Sédit Productions
Décor d’Hôtel du Nord de Marcel Carné, 1938 – crédits : Impérial Film, Luca, Sédif Productions

En 1938, il conçoit ses premiers décors parisiens : d’abord pour Entrée des artistes, qui réunit une pléiade de jeunes comédiens autour de Louis Jouvet dans le Conservatoire national d’art dramatique, puis pour Hôtel du Nord. C’est au studio de Billancourt que Trauner reconstruit pour ce film l’imposant décor du quai de Jemmapes et du canal Saint-Martin. Sa création est si réaliste, et le résultat si inséparable de l’imaginaire de la ville, que les Parisiens se mobiliseront, plusieurs dizaines d’années plus tard, pour obtenir le classement de la véritable façade d’un hôtel qui n’était dans le film qu’une illusion de bois et de plâtre.

Le succès n’est pas moindre, l’année suivante, avec Le jour se lève, également de Carné, pour lequel Trauner recrée, toujours à Billancourt, une banlieue indéterminée où le terminus d’une ligne de tramway vient buter sur les plantations maraîchères toutes proches.

Isolé des maisons qui l’entourent, un immeuble unique surplombe tout le décor, pour mieux accentuer la solitude de l’ouvrier assassin incarné par Jean Gabin qui vit, dans sa petite chambre du quatrième étage, sa dernière nuit avant l’assaut des gendarmes.

 
Trauner demeure actif durant l’Occupation, mais il est réduit à la clandestinité et doit se contenter de dessiner des décors qui seront réalisés par d’autres. C’est ainsi qu’il conçoit ceux, édifiés par Léon Barsacq, du film français le plus important de la période : Les enfants du paradis (1944-1945) de Carné. Les décors y sont très nombreux et variés, mais le plus imposant est certainement celui du boulevard du Temple, le fameux boulevard du Crime le long duquel se pressaient les théâtres au XIXe siècle. Ce grand décor est édifié au studio de la Victorine à Nice et Trauner y fait merveille pour déguiser la brutalité du soleil du Midi en multipliant les reliefs de façades susceptibles d’accrocher les ombres.

  

 

L’après-guerre

Réalisé juste après la Libération, Les portes de la nuit (1946), de Carné toujours, doit encore reconstituer en studio, à Joinville et à Vincennes, ses nombreux extérieurs, tous situés au nord de la capitale, entre Barbès et le pont de Crimée. Le plus célèbre est celui de la partie aérienne de la station de métro Barbès-Rochechouart, longée par la circulation automobile du boulevard de la Chapelle, qui sera entièrement reconstituée.

Peut-être moins impressionnants, les décors du bassin de La Villette avec ses péniches, du canal de l’Ourcq ou de la rue des Petites-feuilles n’en sont pas moins des réussites exceptionnelles de réalisme stylisé.

 

En 1945, Trauner avait laissé à Marcel Magniez le soin de réaliser ses maquettes pour Les malheurs de Sophie de Jacqueline Audry (on y voit la ville de Paris envahie par les barricades de 1848). Quatre ans plus tard, c’est Auguste Capelier qui exécute ses décors pour Manèges d’Yves Allégret. Les appartements bourgeois de Neuilly, le manège et ses dépendances sont reconstitués dans les studios de Neuilly et de Saint-Maurice ; les nombreux extérieurs sont principalement tournés au bois de Boulogne.

 

Avec les américains

Trauner est alors le plus fameux des décorateurs français et c’est à lui que s’adressent naturellement les nombreux réalisateurs américains qui viennent tourner à Paris dans les années 1950.

En 1953, pour Un acte d’amour d’Anatole Litvak, il reconstitue à Saint-Maurice et à Joinville le Paris inhospitalier de la fin de la guerre. Mais le décor le plus remarquable est, en studio, celui du Grand Palais réquisitionné pour cantonner les soldats américains.

 

Du Rififi chez les hommes, Jules Dassin (1955) – Crédits : Pathé Consortium Cinéma, Indusfilms, Société Nouvelle Pathé Cinéma, Primafilm

En 1956, Ariane marque le début d’une longue collaboration de Trauner avec le réalisateur Billy Wilder en même temps qu’il donne au décorateur l’occasion de reconstituer au studio de Boulogne tout un étage de l’hôtel Ritz, l’intérieur de l’Opéra ou les quais de la Seine. Réalisé avec beaucoup moins de moyens, Du rififi chez les hommes (1954) de Jules Dassin est tourné de façon quasi-documentaire dans les rues mêmes de la capitale (la rue de la Paix et celles près des grands magasins), mais tous les intérieurs sont construits au studio Photosonor de Courbevoie.

Pour Paris blues (1961) de Martin Ritt, qui évoque la bohème des musiciens de jazz américains installés à Paris, Trauner reconstruit en studio le quartier de Saint-Germain-des-Prés et ses fameux temples du jazz. Puis c’est le Paris des quartiers luxueux qu’il reconstitue pour Aimez-vous Brahms ? (1961) et Le couteau dans la plaie (1962) de Litvak, avant de peindre la banlieue plus familière de Gigot, le clochard de Belleville (1962), réalisé par Gene Kelly.

 

La Puce à l’oreille, de Jacques Charon, 1968 – crédits : 20th Century Fox

Mais c’est aux États-Unis, dans les studios hollywoodiens de Samuel Goldwyn, que Trauner crée la quintessence de sa vision de Paris. Irma la douce (1963) de Wilder est une évocation colorée et inventive des anciennes Halles, peuplées d’une faune pittoresque de prostituées, de maquereaux et de flics. Trauner revient cependant à Paris pour y construire les décors de Comment voler un million de dollars (1966) de William Wyler et de La puce à l’oreille (1968) de Jacques Charon, qui adapte somptueusement la pièce de Feydeau.

 

Les dernières créations

Monsieur Klein, de Joseph Losey, 1976 – Crédits : Abel production

Définitivement réinstallé en France au milieu des années 1970, Trauner y signe les décors de Monsieur Klein (1975) de Joseph Losey, poignante évocation du Paris de l’Occupation. Les extérieurs sont principalement tournés dans le 7e arrondissement et rue des Abbesses. Si l’appartement de Klein, rue du Bac, est reconstruit en studio à Boulogne, le film fait aussi appel à des lieux réels : le cabaret La nouvelle Ève, rue Fontaine, le restaurant La coupole ou le château de La Rochefoucauld à Ivry-la-Bataille.

Subway (1984) de Luc Besson réalise le même pari en mêlant les extérieurs réels du métro et de ses abords à des intérieurs construits en studio. Mais Autour de minuit (1985) de Bertrand Tavernier renoue avec la veine de Paris blues et des décors intégralement édifiés en studio en reconstituant au studio d’Épinay les rues de Saint-Germain-des-Prés et leurs fameux clubs de jazz. Pour Wilder, Trauner situe ensuite les funérailles solennelles de l’héroïne de Fedora (1977) dans le décor réel du musée Jacquemard-André. Puis viennent encore Tchao Pantin (1983) de Claude Berri, filmé en extérieurs naturels à Belleville et dans des studios improvisés dans des entrepôts désaffectés de la région parisienne.

 

Comédie d’amour, de Jean-Pierre Rawson, 1989 – crédits : S.G.G.C

En 1989, enfin, Trauner figure une dernière fois Paris pour Comédie d’amour de Jean-Pierre Rawson. Il s’agit d’évoquer les années 1930 telles que les a décrites l’écrivain Paul Léautaud dans son journal. Mais c’est à Lisbonne que seront reconstitués la maison de celui-ci à Fontenay-aux-Roses, son bureau au Mercure de France et le petit monde des littérateurs parisiens !

 

En plus de cinquante ans de carrière, Trauner aura été l’un des observateurs privilégiés des transformations du paysage parisien. Il restera surtout dans les mémoires l’un des décorateurs ayant le plus contribué à former, à travers ses créations à la fois réalistes et poétiques, l’imaginaire cinématographique de Paris.

 

Documentaire multimédia sur Alexandre Trauner par Nicephore

Par Jean-Pierre Berthomé

Le saviez-vous ? Woody Allen et Paris

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Le plus francophile des cinéastes américains aime Paris par-dessus tout : sa love story avec la capitale ne date pas d’hier, et il n’a jamais cherché à la cacher.

Selon lui, c’est même dans la capitale française que l’on atteint le plus « haut degré de civilisation ». Architecture, mode de vie, tenue vestimentaire, culture, histoire et bien sûr, gastronomie : aucune autre ville n’égale selon lui la belle Paris. Alors, voici cinq petites choses à savoir sur cette histoire d’amour qui dure, qui dure…

 

1. Le premier séjour à Paris

woody-allen-what-s-new-pussycatEn 1964, le producteur Charles K. Feldman engage Woody Allen pour écrire le scénario de What’s New, Pussycat ? que réalisera Clive Donner, avec Romy Schneider, Peter Sellers et Peter O’Toole.

Une aventure désastreuse que Woody Allen s’est juré de ne jamais reproduire, mais qui aura quand même eu du bon, puisqu’elle lui aura donné l’occasion de passer huit mois à Paris. Logé par la production dans l’une chambres du très luxueux George V, Woody Allen y a notamment écrit certaines des séquences aujourd’hui mythiques du film, comme celle du karting.

 

2. Paris, ville romantique

lea-seydoux-midnight-in-parisPour Woody Allen, le cliché est fondé : Paris est à la hauteur de sa réputation mondiale et décroche haut la main la palme de la ville la plus romantique au monde. De jour comme de nuit, sous le soleil comme sous la pluie, les émotions et les sentiments ne peuvent y être qu’exacerbés. Comme à la fin de Midnight in Paris, lorsqu’Owen Wilson retrouve Léa Seydoux sur le pont Alexandre III. Nul ne saurait résister aux charmes et à cette atmosphère.

« Pour le parfait flâneur, pour l’observateur passionné, c’est une immense jouissance que d’élire domicile dans le nombre, dans l’ondoyant, dans le mouvement, dans le fugitif et l’infini. Être hors de chez soi, et pourtant se sentir partout chez soi ; voir le monde, être au centre du monde et rester caché au monde […] ».
Charles Baudelaire, Le Peintre de la vie moderne (1863)

 

3. Un adepte de la flânerie

C’est ainsi que Baudelaire définissait le « flâneur » en 1863 dans Le Peintre de la vie moderne. C’est ainsi que l’on pourrait également définir Woody Allen : à New York comme à Paris, les promenades au gré des rues lui sont essentielles. Pour comprendre la ville, pour s’en imprégner ou pour trouver l’inspiration. Lors de ses escapades parisiennes, c’est le long des Champs-Elysées ou dans les allées du Parc Monceau que vous aurez le plus de chances de le croiser.

 

4. Midnight in Paris (2011)

« Ma lettre d’amour à Paris », c’est ainsi que Woody Allen a pensé son film. Et il y a réuni tout ce qui, pour lui, rendait la ville si unique : l’amour et la fantaisie, la culture et les femmes, la décontraction et le passé chargé d’histoire(s).
Voyage dans la ville, mais aussi voyage dans le temps, puisque du Paris d’aujourd’hui à celui de l’entre-deux guerres, les plus grands se bousculent pour se faire une place à l’écran. Inspiré, charmé, épanoui, Gil Pender (Owen Wilson) ne veut d’ailleurs plus quitter la Ville Lumière.

 

5. « À minuit, Paris est magique »

woody-allen-tournage-midnight-in-parisC’est le parti pris de Midnight in Paris. Au moment même où sonnent les douze coups de minuit, non loin de l’église Saint-Étienne-du-Mont où Owen Wilson cherche l’inspiration, apparait la vieille automobile qui va l’emporter vers le Paris des années 1920.

Même chose dans Tout le monde dit I Love you (1997) : au beau milieu de la nuit, sur les quais de Seine, Joe Berlin (Woody Allen, himself) et Steffi Dandridge (Goldie Hawn) se retrouvent. Après un réveillon endiablé, leur ancienne histoire d’amour semble renaître, presqu’aussi intacte qu’au premier jour. À deux pas du Pont de la Tournelleet de Notre-Dame, leur danse romantique se transforme en un envol poétique inoubliable sur l’air de la chanson « I’m Through With Love ».

Truffaut cinéphile : cinq coups de coeur parisiens

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Le cinéma « comme une drogue »
Dans son livre, Les films de ma vie, publié en 1975, il revient sur son métier de critique, exercé entre 1949 et 1956, principalement pour le compte des Cahiers du cinéma. Rien de plus normal pour celui qui, gamin, faisait l’école buissonnière pour passer ses journées dans les salles du quartier de Pigalle.

Des critiques, des comptes rendus, des analyses, mais aussi et surtout un enthousiasme débordant, communicatif. Si les Cahiers du Cinéma ont inauguré une nouvelle fois façon de regarder et de parler des films, c’est certainement François Truffaut qui incarne le mieux ce souffle enflammé et libérateur. Des écrits passionnés et passionnants sur tous les films qui pouvaient alors s’offrir à lui. Amoureux de la capitale, amoureux du cinéma, que pouvait-il finalement exister de mieux pour François Truffaut qu’un beau film tourné dans ou sur Paris ?

 

Les Dames du Bois de Boulogne, Robert Bresson (1945)

Le pitch : Pour se venger de son amant qui lui échappe, une jeune femme lui fait rencontrer une danseuse, qu’un revers de fortune a conduit à la déchéance.

Bon à savoir : Avec Jacques Becker, Robert Bresson était l’un des cinéastes classiques profondément admiré par Truffaut. « Bresson, c’est toujours à part », confiait-il en 1981 sur le plateau de Champ contrechamp. C’est adolescent qu’il entend pour la première fois parler des Dames du Bois de Boulogne, de Bresson, suite à la critique de son professeur, alors que, bien aimablement, il « séchait le cinéma pour traîner au lycée ». Alors décrié comme un film stupide et grotesque, Truffaut s’est ensuite empressé de rétablir ce qui était, à son sens, la juste vérité.

L’avis de Truffaut
C’est en voyant le film applaudi par la salle presque comble d’un ciné-club que Truffaut s’est réjoui de voir Les Dames du Bois de Boulogne gagner son procès en appel, pour reprendre les propres termes de Cocteau, dialoguiste. Alors, Truffaut se met non seulement en rogne contre ces films que l’on juge trop vite, que l’on n’estime pas à leur juste valeur mais s’indigne aussi du sort de ces cinéastes qui doivent batailler durant des années pour être considérés comme les grands metteurs en scène qu’ils sont véritablement. Car c’était aussi là, son devoir de critique de cinéma.

 

Casque d’or, Jacques Becker (1952)

Le pitch : Dans une guinguette de Joinville (94), Manda, un ouvrier charpentier de Belleville, rencontre la belle Marie, dite Casque d’Or, une prostituée parisienne. Ils tombent amoureux l’un de l’autre mais Leca, le chef d’une bande de voyous, convoite Casque d’Or.

Bon à savoir : Le critique Truffaut n’était pas avare de compliment sur Jacques Becker, et quand il admirait un réalisateur, il ne faisait pas les choses à moitié. Les patronymes de certains de ses personnages nous renseignent sur ses coups de cœur (Fanny Ardant interprète Barbara Becker dans Vivement dimanche !). Certaines comédies de couples l’inspireront d’ailleurs directement pour la série des Doinel. Mais le témoignage le plus émouvant du sincère respect que portait Truffaut à Becker vient certainement de ce court texte, publié en 1961, un an après sa disparition « Jacques Becker, un an après sa mort » (Les films de ma vie, 1975). Un hommage douloureux mais aussi délicat d’un jeune passionné à un aîné qui l’était tout autant que lui : « Il était scrupuleux et réfléchi, d’une délicatesse infinie (…) Attentif à tous les nouveaux films, aux nouveaux cinéastes, facilement admiratif et toujours affectueux, cet homme ne connaissait pas la jalousie professionnelle (…) » En voyant son ami tétanisé à l’idée de ne plus tourné, Truffaut s’était emporté contre le monde artistique et du spectacle, d’une cruauté infinie. Des années après la disparition de Becker, il s’indignait encore qu’aucune étude, qu’aucun hommage digne de ce nom n’ait été formulé à l’égard de cet homme ou de sa carrière.

L’avis de Truffaut
Un film brut, qui va droit au but : voilà comment François Truffaut considère Casque d’Or. Becker ne s’embête pas des règles et n’en fait qu’à sa tête et lance un défi constant à la vulgarité : oui, il peut montrer un couple en pyjama, au saut du lit, sans que cela ne soit ni gras ni comique ! Bien au contraire.
Admiratif de Reggiani et Signoret « un petit chat de gouttière tout en nerfs et une belle plante carnivore qui ne crache pas sur le fromage », Truffaut vante les mérites de ce « film de personnages » tout aussi plastiquement réussi qu’ingénieux. À tel point qu’il prendra appui sur le génie de Becker dans ce film à chaque fois qu’il rencontrera un problème de scénario !

 

La Traversée de Paris, Claude Autant-Lara (1956)

Le pitch : Dans le Paris occupé de 1943, un ancien chauffeur de taxi transporte clandestinement de la viande pour le marché noir. Après l’arrestation de son complice habituel, il demande à un peintre, rencontré par hasard, de l’aider à traverser la ville endormie.

Bon à savoir : Claude Autant-Lara est une figure emblématique du « cinéma de papa » que les jeunes turcs de la Nouvelle Vague entendaient combattre, ce cinéma de studios, populaire mais poussiéreux, un peu trop industriel à leur goût. En ce sens, il s’est plusieurs fois retrouvé dans le viseur des critiques des Cahiers, et en premier lieu dans celui de François Truffaut. « Un boucher qui s’obstinerait à faire de la dentelle », disait-il de lui. Et pourtant…

L’avis de Truffaut
Pourtant, c’est presque avec plaisir que Truffaut semble reconnaître avoir été bluffé : « Or, si j’admire aujourd’hui et presque sans réserve La Traversée de Paris, si la réussite cette fois me paraît évidente, c’est que Claude Autant-Lara a enfin trouvé le sujet de sa vie, un scénario à sa ressemblance et que la truculence, l’exagération, la hargne, la vulgarité, l’outrance, loin de desservir, ont haussé jusqu’à l’épique ».
Des personnages authentiques et magistralement interprétés, une méchanceté non dissimulée que ne vient à aucun moment troubler un quelconque discours politique ou social. Truffaut est conquis, nous aussi.

 

Zazie dans le métro, Louis Malle (1960)

Le pitch : Zazie, une gamine espiègle, vient à Paris chez son oncle. Il lui fait visiter la ville, mais elle n’a qu’une idée en tête : prendre le métro. Hélas, il est en grève…

Bon à savoir : Confrère et copain de la Nouvelle Vague, Truffaut et Malle ont aimé les mêmes films. D’Ascenseur pour l’échafaud au Feu Follet en passant aussi par Les Amants, Truffaut n’a jamais caché son attrait pour les films de Louis Malle qui, s’ils possédaient tous des défauts bien visibles, n’en restaient pas moins d’une franchise des plus appréciables.

L’avis de Truffaut
Mais c’est finalement dans une lettre du 25 octobre 1960 adressée à Louis Malle que Truffaut s’avoue conquis. Conquis par Zazie, un film pour lequel il est tombé des nues, « follement ambitieux et d’un courage immense ». Première projection et déjà, premiers coups de cœur : scène préférée, plan préféré, personnage préféré… Truffaut dresse ainsi dans sa lettre un bilan sur lequel il n’entend pas démordre. Et dans ses mots, on verrait presque ses yeux pétiller de joie. « J’ai rarement souhaité le succès pour le film d’un autre comme cette fois (…) ».

 

Vivre sa vie, Jean-Luc Godard (1962)

Le pitch : Faute d’argent pour payer sa chambre, Nana, jeune vendeuse de disques dans un magasin de l’avenue Wagram (17e), se prostitue et tombe entre les mains d’un souteneur. Un film en douze tableau qui offre une méditation sur l’amour et la mort.

Bon à savoir : D’abord, ces deux figures de proue de la Nouvelle Vague se sont côtoyés aux Cahiers du cinéma. Amis, admiratif de leur travail respectif, ils ont ensuite signé le court-métrage Une histoire d’eau, en 1961. Et puis, la brouille, la rupture et d’âpres critiques… Un désamour artistique mais aussi un impossible rabibochage entre deux êtres humains fondamentalement différents. Godard traite Truffaut de menteur, ce à quoi il lui retourne une lettre de rupture cinglante : « tu te conduis comme une merde ». Jamais les deux hommes ne se reparleront. C’est pourtant Godard qui signera la préface des correspondances de Truffaut :

Et l’on se déchira, peu à peu, pour ne pas être mangé le premier. Le cinéma nous avait appris la vie (…) Notre douleur parlait, parlait, et parlait, mais notre souffrance resta du cinéma, c’est-à-dire muette. François est peut-être mort. Je suis peut-être vivant. Il n’y a pas de différence, n’est-ce pas ?
Jean-Luc Godard, François Truffaut Correspondance (1988)
Toutefois, avant cette querelle intestine, François Truffaut s’était, comme à son habitude, enflammé pour le film de celui qui était alors son compère : Vivre sa vie.

L’avis de Truffaut
Auprès de nombre de ses correspondants, il célébrait ce petit bijou. Difficile de savoir véritablement combien de fois il est allé le voir en salle, seul ou en très bonne compagnie : « J’ai revu Vivre sa vie l’autre jour et, mon Dieu, je ne pleure pas souvent au cinéma » (lettre à Helen Scott du 20/06/62) puis « Je suis allé le revoir l’autre jour avec Jeanne moreau et nous avons pleuré comme des veaux trois ou quatre fois » (lettre à Helen Scott du 20/07/62).
Car Truffaut s’est battu pour que ce film soit distribué, s’est révolté face au refus « de ce con de Halliday » (distributeur américain). Pour lui, il fallait en effet que ce chef d’œuvre soit vu, le plus possible, que l’émotion pure qui s’en dégage touche le plus de spectateurs. Et de conclure : « Il y a des films que l’on admire et qui découragent : à quoi bon continuer après lui ». Tout était dit, donc.

 

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Ciné-Balade à la Fête des Vendanges


Impression

A l’initiative de la bibliothèque municipale Robert Sabatier dans le 18ème arrondissement, Ciné-Balade a proposé un circuit à Montmartre sur le thème Cinéma et Liberté durant la Fête des Vendanges le 9 octobre dernier.

Merci à tous les participants ! Nous étions nombreux, portés par la foule montmartroise.

Un après-midi festif, animé de belles rencontres dont le souvenir me donne l’occasion de rappeler les thèmes abordés au cours du circuit…

En prenant comme fil conducteur les différents lieux de tournages de Montmartre, ses salles de cinéma mais aussi les lieux où ont vécu certaines de ses plus grandes figures, nous avons voulu mettre en avant la notion de liberté au cinéma des années 40 à nos jours.

Montmartre, c’est le Paris des artistes qui vivent pour leur art et qui incarnent la liberté de création. Dans Un Américain à Paris, Gene Kelly l’a bien compris. Il n’est pas le seul, Paul Newman incarne un musicien de jazz amoureux de Montmartre dans le film Paris Blues. Dans Un Monstre à Paris ou Ratatouille, il s’agit tout autant de la liberté de faire ce qu’on aime que d’être soi-même.

Montmartre et Paris, c’est une certaine liberté des mœurs à laquelle aspirent les réalisateurs américains marqués par la censure du code Hays jusque dans les années 60. Ville de plaisir où on est libre d’aimer : Un Américain à Paris, Moulin Rouge, Minuit à Paris

Montmartre est aussi un quartier marqué par l’histoire, celle de la Commune puis celle de l’Occupation. La butte a naturellement été un lieu de tournage pour certains films les illustrant.

A travers les films L’Assassin habite au 21 ou La Symphonie fantastique sur Berlioz, tout deux liés à Montmartre, on a découvert également comment les cinéastes ont pu contourner la censure sous l’Occupation.

Montmartre, c’est, par ailleurs, le quartier qui a vu naître la première salle Art et Essai, le Studio 28, une salle audacieuse dont la programmation a parfois créé le scandale et qui perpétue la liberté de diffusion en France en accord avec sa politique culturelle.

A travers le film Amélie Poulain, interdit au moins de 15 ans en Grande-Bretagne, on s’est amusés également des politiques des classifications des films en Europe par rapport à celle de la France.

Un film à vous conseiller sur la période de l’Occupation et sur l’amour du cinéma : « Laissez-passer » de Bertrand Tavernier avec Jacques Gamblin, Denis Podalydès, Marie Gillain, Charlotte Kady :)

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Le Festival Quartiers d’Art

tumblr_static_ecx94vmh6b4sggskgg8ookossCiné-Balade est partenaire du Festival Quartiers d’Art 2016 et vous propose sa balade « De la Gare du Nord au Canal au Saint-Martin » samedi 10 septembre à 16h30.

Quartiers d’Art, c’est un programme riche, fait de conférences, balades et ateliers qui permet de découvrir les nombreuses activités mises en avant par les acteurs du nord-est parisien, le tout en accès libre et gratuitement.

Quartiers d’Art renouvelle sa programmation tous les mois. Vous trouverez sur leur site le programme des 9 et 10 septembre auquel Ciné-Balade prend part ainsi que celui des mois à venir. http://www.quartiersdart.com/

Cine-Balade Summer partner of the Luminor movie theater

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There are many ways to discover Paris. Every corner of the city is full of memories, history and beauty. You can discover Paris through walking, and sightseeing, but we offer you this unique possibility to discover Paris the other way round: through cinema. Is there any better way to portray the City of Light than through the art of light?

Many filmmakers draw their inspiration from Paris, French one but also foreigners contributed to make of this particular city an iconic figure of cinema and a symbol of love, fashion, and of French art de vivre. Let us quote Gil Pender at the beginning of Midnight in Paris“There’s no city like this in the world. There never was.”

And these films are of course all shown in English !

In association with the movie theater Luminor and as part of its event « Paris, the city of the cinema », Ciné-Balade offers english tours along with the screenings of Midnight in Paris, Amelie from Montmartre or Hugo. Other great parisian movies will be presented during this cycle in the historical movie theater.

Midnight in Paris :
Showings : 21 Juil 14h, 2 Aug 21h30, 22 Aug 18h
Cine tours : 21 Juil 17h30, 23 Juil 10h30, 2 Aug 10h30 & 17h30, 22 Aug 15h & 21h30

Amelie from Montmartre :
Showings : 29 Juil & 15 Aug 18h
Cine tours : 29 Juil 15h, 30 Juil 10h30, 15 Aug 15h, 16 Aug 10h30

Hugo Cabret :
Showings : 11 Aug 14h
Cine tours : 11 Aug 16h30, 12 Aug 14h

We will find the entire programmation of the Luminor by following  this link and by watching the video.

Des balades pour La Fête du Cinéma

 

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Incontournable depuis plus de 30 ans, La Fête du Cinéma a lieu cette année du dimanche 26 au mercredi 29 juin. Comme lors de chaque édition, les spectateurs vont pouvoir profiter de séances ciné à un tarif irrésistible – 4 € pour tous les films, toutes les salles partout en France !

Mais ce n’est pas tout ! En 2016, La Fête du Cinéma a souhaité remettre à l’honneur une série d’évènements en faveur du cinéma et ouvert à tous les publics. Projections inédites, animations originales, invités surprise, ateliers pour enfants, master class… Dans les musées, le métro, les aéroports et les espaces publics… La Fête battra son plein.

Cette année, Ciné-Balade est fier d’être partenaire de l’évènement et de vous proposer quatre de ses circuits durant le week-end. C’est ouvert à tous et gratuit !

Au programme :

Ciné-Balade Marais le samedi 25 juin à 10h30
Infos pratiques et réservation

Ciné-Balade Montmartre samedi 25 juin à 16h
Infos pratiques et réservation

Ciné-Balade Lumière dimanche 26 juin à 10h30
Infos pratiques et réservation

Ciné-Balade Minuit à Paris dimanche 26 juin à 16h
Infos pratiques et réservation

 

 

 

 

120 ans, ça se fête !

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Le 28 décembre 1895, à l’hôtel Scribe, les spectateurs parisiens découvraient pour la première fois cette invention extraordinaire qu’est le cinéma . C’est le début d’une grande aventure que nous allons revivre ensemble à travers trois visites exceptionnelles de 2h30 durant les vacances de Noël.

Les rendez-vous du 26, 27 et 28 décembre seront l’occasion de découvrir cette visite phare de Ciné-Balade, du fameux restaurant Lumière au Scribe jusqu’au Grand Rex en passant par l’Opéra Garnier, l’Opéra Comique ou les célèbres passages parisiens.

Outre deux visites le week-end à 15h, une visite de nuit est prévue lundi 28 à 18h.

N’hésitez pas à réserver dès que possible (vacances de Noël oblige !)
sur weezevent ou sur info@cine-balade.com 

Ciné-Balade à Culture au Quai

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Les 26 et 27 septembre, Ciné-Balade a proposé deux nouvelles visites en format court, le long du bassin de la Villette jusqu’au canal de l’Ourcq. Une occasion d’évoquer les films Mesrine : l’Ennemi public n° 1 de Jean-François Richet, Diva de Jean-Jacques Beineix, Micmacs à Tire Larigot de Jean-Pierre Jeunet ou encore Les Portes de la nuit de Marcel Carné et Zéro de conduite de Jean Vigo.

Le soleil et la bonne humeur étaient au rendez-vous ! Merci aux participants et à mes partenaires Paris Fait Son Cinéma et le magazine Vivre Paris.

En cadeau, un extrait du film Les Portes de la nuit dans lequel Yves Montand fredonne pour la première fois la chanson Les Feuilles mortes.

Ciné-Balade à Bruxelles

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Vendredi 28 août, Ciné-Balade s’invite à Bruxelles pour un parcours exceptionnel sur les traces du cinéma belge et international. En partenariat avec le festival Cameo, cinéma itinérant dont c’est la première édition et avec le Festival Kiosquorama. Au programme des festivités, une balade d’1h30 dans le centre de Bruxelles jusqu’au ParckFarm Tour & Taxis où des ateliers, conférences et projections plein air vous seront proposés.

Toutes les infos et réservations sont sur la page Facebook de l’évènement Caméo, cinéma itinérant. 

Merci au Brussels Film Office pour son aide.