Lycéens & apprentis au cinéma : Ciné-Balade A Bout de Souffle

Dans le cadre du dispositif « Lycéens et apprentis au cinéma », coordonné en Ile de France par Les Cinémas Indépendants Parisiens (CIP), Ciné-Balade a créé une nouvelle balade destinée aux groupes scolaires et étudiants, autour du film A Bout de Souffle de Jean-Luc Godard. Le circuit se déroule dans le quartier latin, quartier des cinéphiles, de la Nouvelle Vague et de la jeunesse.

Des photos des premières balades seront bientôt publiées.

N’hésitez pas à me contacter si vous désirez la proposer !

info@cine-balade.com 


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Le Studio 28, un cinéma incontournable

logo-pariscinemaregion-cParis Cinéma Région, c’est le nouveau site de référence du Forum des images consacré aux films tournés depuis les débuts du cinéma en région parisienne. Actus, films, reportages… la région parisienne se met en scène !
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Première salle de cinéma d’avant-garde, le Studio 28 est inauguré en 1928. De Jean-Placide Mauclaire aux frères Roulleau en passant par Édouard Gross, ce cinéma atypique est passé de mains en mains, perpétuant sa réputation de cinéma incontournable des cinéphiles.

« La salle des chefs d’œuvre et le chef d’œuvre des salles. »
Jean Cocteau à propos du Studio 28

Situé au cœur de Montmartre, le Studio 28 est à la fois un cinéma de quartier et un lieu de rencontre où se côtoyaient par exemple Abel Gance et Jean Cocteau, qui devinrent tous deux parrains de la salle en 1950. Premier cinéma de France à proposer une carte de fidélité en 1959, il est également toujours à la pointe de la technologie. En effet, ce cinéma est en 2011 la première salle publique parisienne à s’équiper d’un projecteur cinéma numérique 4K.

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 Galerie photos : Devanture du cinéma –  © Studio 28 ; Rue du Studio 28 en 2011 – © Martin Greslou) ; Le Studio 28 en 1995 – © Philippe Célérier ; Intérieur de la salle de cinéma avec les lustres de Cocteau – © Studio 28) ; La terrasse du Studio 28 – © Studio 28

 

Une séance turbulente

Le 28 novembre 1930 est projeté pour la première fois L’âge d’or réalisé par Luis Buñuel. Des militants d’extrême droite perturbèrent la séance, qui prit fin dans les sifflets et les bagarres. Exposées dans le Studio 28, des toiles de Salvador Dali, Max Ernst ou encore Yves Tanguy ont été endommagées. La Commission de censure cinématographique examina donc de nouveau le film et en interdit la projection. Par la suite, Louis Aragon et Paul Éluard rédigèrent un tract à ce propos qui fut signé par 16 membres du groupe des surréalistes.

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 Galerie photos : Tracts à propos de l’affaire de la projection de l’Âge d’or. – Probablement rédigé par Louis Aragon et Paul Éluard – via andrebreton.fr ; Feuillet avec les photographies du saccage de l’exposition du Studio 28. – Via andrebreton.fr ; Photographie du Studio 28 en 1930 suite à la mise à sac. – Photographe non identifié – via andrebreton.fr ; Annotation manuscrite d’André Breton derrière la photographie de la mise à sac. – Via andrebreton.fr

Le mécène et producteur du film, le vicomte de Noailles, aurait, selon une rumeur lancée par le journal Aux Écoutes, été excommunié suite à ce film. Le vicomte n’en parla jamais publiquement, mais la revue 1895 révèle qu’il s’adressa toutefois à l’Archevêque de Paris pour avoir en avoir confirmation. Si cette rumeur était effectivement infondée, cela n’a pas empêché Buñuel et les surréalistes d’entretenir la légende en l’utilisant pour démontrer l’intolérance de l’Église.

 

« Parfois, Le vendredi soir, Amélie va au cinéma »

Le 11 juin 2000, Jean-Pierre Jeunet tourne Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain au Studio 28. Clin d’œil discret à la cinéphilie et à l’amour des salles de quartier, c’est là qu’Amélie se retourne discrètement dans le noir pour regarder les visages des autres spectateurs…

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Photo : Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain (Jean-Pierre Jeunet, 2001) – © Claudie Ossard Productions

L’extrait est ici

 

 

Godard et Truffaut : une relation en 5 actes

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Godard est idolâtré, Truffaut est admiré
Arnaud Guigue, Truffaut & Godard, La querelle des images

C’est l’histoire d’un duel dont il est difficile de faire le tour ; l’histoire d’une relation particulièrement complexe faite de sentiments contraires constamment entremêlés. On ne parviendra peut-être jamais à faire la lumière sur ce qui liait vraiment les deux visages les plus emblématiques de la Nouvelle Vague.

Aujourd’hui encore, le clan Godard cherche des poux au clan Truffaut, et inversement. La fascination suscitée par leur relation électrique est évidente. Beaucoup les décrivent comme des amis brouillés à vie alors que d’autres se plaisent à inverser le raisonnement : comment ces deux-là ont-ils pu être amis ? (Arnaud Guigue, Truffaut & Godard, La querelle des images, CNRS Éditions, 2014).
Autour de cinq dates clés qui ont marqué leur relation, Paris Cinéma Région décrypte les grandes lignes de cet incroyable duo.

1958 : déjà à contre-courant ?

L’amitié cinéphilique qui unit les deux jeunes turcs des Cahiers du cinéma avant le déferlement de la Nouvelle Vague se révèle plus ou moins intéressée lorsque Truffaut et Godard s’associent, en février 1958, pour co-réaliser le court-métrage Une histoire d’eau. La région parisienne est alors sous les eaux et, retenu dans un café avec Godard et Pierre Braunberger alors qu’une pluie diluvienne s’abat à nouveau sur la capitale, Truffaut évoque son regret de ne jamais voir le cinéma s’inspirer de tels événements.

“Qu’à cela ne tienne”, s’écrie Godard du tac au tac, lui proposant de partir tourner dès le lendemain matin, du côté de Villeneuve-Saint-Georges. Armé du strict nécessaire (pas de matériel de prise de son), Truffaut est sur le qui-vive, bien que Godard lui ait finalement fait faux-bond, envoyant plutôt l’une de ses connaissances féminines pour camper le petit rôle de cette insignifiante histoire.

Mais les rushes déplaisent à Truffaut, qui les délaisse rapidement… jusqu’à que Godard, comme une fleur, ne repointe le bout de son nez, proposant de s’atteler au montage. Truffaut tourne, il assemble : telle semble être l’origine de cette courte oeuvre pour le moins curieuse.

Dans les faits, la version de l’histoire racontée par Braunberger tend à réévaluer la place de Truffaut durant cette dernière phase. Entièrement parlé, le générique donne déjà le ton : “Sachez que c’est un film de François Truffaut et Jean-Luc Godard. Michel Latouche en a fait la photo, et Roger Fleytoux dirigé la production (…) Voilà, mesdames, messieurs, c’est la fin…”

Une première “vraie” collaboration, et puis c’est tout ?

1959-1960 : le scénario de l’un, le film de l’autre

« Les années qui passent nous confirment dans la certitude qu’À Bout de souffle aura marqué dans l’histoire du cinéma un tournant décisif comme Citizen Kane en 1940. Godard a pulvérisé le système, il a fichu la pagaille dans le cinéma. » F. Truffaut, L’Avant-scène cinéma, n°70, 1967

En 1959, Godard évoque parmi d’autres un projet à Georges de Beauregard, intitulé À bout de souffle. Il lui transmet une sélection de coupures de presse constituée par lui et François Truffaut, le tout annoté de la main de ce dernier : “Cela ferait un bon scénario”. Soit : Beauregard a pas mal de dettes, il lui faut miser sur le bon cheval : ce sera le trublion Godard qui trépigne de passer à l’action.
JLG convainc Truffaut et Chabrol de se porter garants, et glisse à Truffaut : “Si tu as le temps de me finir en trois lignes l’idée de film commencée métro Richelieu-Drouot (c’était le bon temps), bien que je ne dispose pas de Françoise Sagan, je pourrais en faire les dialogues…” Il recevra quatre pages de ce dernier et se verra céder le projet pour la – modique – somme d’un million de francs.

L’histoire est inspirée d’un fait-divers observé par Truffaut au début des années 1950 dans son quartier de Pigalle-Clichy : il souhaitait le réaliser, puis le laisser à Molinaro. C’est finalement Godard qui l’a ressorti de derrière les fagots. Ensemble, ils travailleront à l’élaboration du scénario final. À ce titre, la légende qui laisse à croire que Godard inventait le film au jour le jour doit être relativisée, puisque le scénario avait été présenté pour financement et validé. Des répliques s’ajoutent effectivement au fur et à mesure. Toutefois, deux scènes sont entièrement inventées sur le tournage par Godard : celle dans la chambre de Patricia et la mort de Poiccard, que Truffaut faisait initialement se suicider.

VIDEO : SEQUENCE FINALE A BOUT DE SOUFFLE

1968 : d’une même voix pour Henri Langlois

Quelques semaines avant qu’éclate l’Affaire Langlois, Godard rendait un vibrant hommage au maître de la Cinémathèque française :
Le 9 février 1968, Langlois est en effet mis à la porte de la Cinémathèque française par les deux André (Holleaux, directeur du CNC, et Malraux, Ministre de la Culture) : une destitution incompréhensible pour Godard comme pour Truffaut, qui ne conçoivent pas que l’on puisse toucher à ce dragon à qui le cinéma doit tant, gardien du temple cinéphile. Au moment d’élire son successeur, Truffaut claque la porte du Conseil et file répandre la nouvelle, mettant le feu aux poudres. Immédiatement, le cinéma français mais aussi mondial se mobilise et apporte son soutien à Langlois. En voyage à Cuba jusqu’au 11 février, Godard rejoint le combat dès son retour sur le sol français.

Les bureaux des Cahiers du cinéma deviennent le quartier général de la révolte. Coups de fil aux journalistes, télégrammes aux cinéastes… Truffaut est fou et ne ménage pas ses efforts : tandis qu’il œuvre en coulisses, Godard organise la révolte dans la rue. Le 12 février, il lance le blocage de la rue d’Ulm. Avec Chabrol et Rivette, Truffaut et Godard seront les défenseurs acharnés de la cause d’Henri Langlois. D’une même voix, côte à côte, ils prennent la parole dans un petit film produit par le Comité de défense de la Cinémathèque française et diffusé en guise de bande-annonce dans les cinémas.

VIDEO : GODARD ET TRUFFAUT VOUS PARLENT

1973 : le black-out de La Nuit américaine

Sans doute a-t-on ici l’une des ruptures les plus mémorables de l’histoire du cinéma. On pince les lèvres, on écarquille les yeux en lisant la correspondance de cette époque entre Truffaut et Godard : le divorce est sec, brutal et glaçant, leurs échanges sont ponctués de mots blessants et de phrases assassines. Godard a détesté La Nuit américaine et, comme à son habitude, n’hésite pas à le faire savoir au principal intéressé : il accuse Truffaut de mensonge, de trahison. Sans gêne, il profite toutefois de la lettre peu commode qu’il écrit pour lui demander de participer à la production de son prochain film. Truffaut sort de ses gonds.

Il faut dire que les deux n’étaient déjà plus en très bons termes depuis quelques années. Pour faire bref, ils ne s’étaient jamais vraiment revus depuis leur débat houleux à propos de Deux ou trois choses que je sais d’elle, en 1968. La réponse de Truffaut à cette nouvelle provocation toute godardienne est cinglante, d’une grande violence : qu’il critique son cinéma, soit ; qu’il ait; par-dessus, le culot de venir mendier aurait encore pu passer. Mais Truffaut ne lui pardonne pas d’avoir insulté Jean-Pierre Léaud, à qui Godard avait vivement reproché d’avoir joué dans La Nuit américaine. “Imposteur”, “fumiste”, lui répond Truffaut.
(…) je sens le moment venu de te dire, longuement, que selon moi tu te conduis comme une merde.
Truffaut à Godard, mai-juin 1973

1984 : Godard sans Truffaut

Si Godard a toujours pensé qu’il allait mourir jeune, de manière violente, c’est pourtant Truffaut qui s’en est allé, à l’âge de 52 ans. « François est peut-être mort. Je suis peut-être vivant. Il n’y a pas de différence, n’est-ce pas ? », écrit-il dans en préface de la Correspondance de son ancien « ami ». Il avait réussi ce que personne d’entre nous n’avait réussi ou cherché : être respecté. À travers lui la Nouvelle Vague était respectée. On était respectés à cause de lui. Lui disparu on n’est plus respectés.
Godard, L’Autre journal, n°2, janvier 1985

Cette disparition, alors qu’il s’attelait à ses Histoire(s) commandées par Canal +, laisse JLG dans un profond désarroi. Inévitablement affecté par la perte d’un ancien compère, il prend conscience qu’une nouvelle génération va prendre leur place, que son tour est passé (égocentrisme, quand tu nous tiens). Néanmoins, on surprend Godard à reparler de Truffaut, avec pudeur et émotions, à défaut de pouvoir reparler à Truffaut.

En 1987, c’est un Godard un peu perdu, tout du moins lointain qui était l’invité de Thierry Ardisson dans l’émission Bains de minuit. Au détour de considérations sur le cinéma et sur la place qu’il y occupe, Godard évoque très brièvement l’ami-ennemi : “Il me protège, à sa façon”.

VIDEO : JEAN-LUC GODARD PARLE DU CINEMA – Bains de Minuit, via INA

http://www.ina.fr/video/I08046707